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Ascenseur pour l’expresso (Episode 19)

Du grain à moudre (2/3)

 

Publicité pour les moulins Peugeot Frères, 1937
Publicité pour les moulins Peugeot Frères, 1937.

Alors que le café prend une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne, Peugeot Frères reste en bonne position sur le marché des moulins manuels domestiques, qu’ils soient posés sur le coin d’une table ou fixés aux murs des cuisines. Pour les épiceries ou les entreprises de torréfaction, qui sont amenées à moudre des kilos de café, le besoin pour des moulins de plus grande taille et de meilleure efficacité se fait sentir.

Torréfacteur et moulin industriels entrainés par une courroie, début XXeme
Torréfacteur et moulin industriels entrainés par une courroie, début XXeme. [Source : «All about Coffee», William H. Ukers, 1922]
Modèles de moulins à courroie, Catalogue Fairbanks de 1906
Modèles de moulins à courroie, Catalogue Fairbanks de 1906.
Moulin à courroie de marque « Coles »
Moulin à courroie de marque « Coles » prévu pour les comptoirs de magasins généraux.

En milieu industriel, ces gros moulins sont entrainés par des courroies le plus souvent couplées à des machines à vapeur utilisées sur place pour divers outils.
Dans les épiceries, difficile d’imposer aux clients le bruit de ces génératrices (sauf si elles étaient vraiment au sous-sol, comme sur les modèles dits « sous le comptoir »), les moulins sont alors munis de grandes roues destinées à augmenter la force d’entrainement du moulin. Le silence se paye, et c’est toujours au prix de grands efforts qu’il est possible de moudre sur demande de grandes quantités de café.

Moulins manuels d’épicerie, 1905
Moulins manuels d’épicerie, Catalogue Gray & Dudley Hardware de 1905.
Moulin manuel d’épicerie, fin XIXeme
Moulin manuel d’épicerie, fin XIXeme.

L’importance du moteur électrique avait été évoquée dans un épisode précédent, sans plus de détails. Vous la voyez sûrement venir : c’est précisément pour les moulins, avec son silence relatif et une force suffisante pour une taille de plus en plus petite, que le moteur électrique va jouer un rôle majeur.
Les premiers moteurs électriques commencent à voir le jour à la fin du XIXeme siècle et se substituent rapidement aux bruyantes machines à vapeurs pour diverses applications industrielles. Le premier moulin électrique industriel aurait vu le jour à New-York en 1897, fabriqué par l’Enterprise Manufacturing Company (une fonderie de Philadelphie spécialisée dans les moulins industriels depuis de nombreuses années). Elle est suivie l’année suivante par une autre entreprise américaine de l’Ohio, fondée par Herbert L. Johnson et Clarence Charles Hobart, la Hobart Electric Manufacturing Company dont le premier produit est un moulin à café électrique (Herbert L. Johnson est d’ailleurs l’auteur du premier brevet mentionnant l’utilisation d’un moteur électrique pour un moulin à café, daté du 19 septembre 1904⁹). Les modèles ne sont alors que des modèles manuels ou à courroie auxquels sont ajoutés des moteurs électriques relativement volumineux.

Premiers moulins électriques industriels, 1906
Premiers moulins électriques industriels, Catalogue Fairbanks de 1906.

Il faudra attendre encore quelques années avant que les moulins soient vraiment pensés en fonction de ces nouveaux moteurs et plus de vingt ans avant que leur taille réduise suffisamment pour y être complètement intégrés. Encore une fois, ce sont les grosses compagnies américaines comme Hobart (mais aussi Holwick, Royal Electric, Dayton¹⁰) qui sont des pionnières dans ce domaine avec des modèles de moulin qui ressemblent à des sabliers, le moteur étant placé à l’horizontale et faisant tourner des meules plates entre la trémie et le réceptacle à café moulu.

US786293
«Grinding Mill », premier brevet mentionnant un moulin entrainé par un moteur électrique,
H.L. Johnston de la Hobart Electric Manufacturing Company, 29 septembre 1904 (US786293).
GB108260A
« Improvments in Machines for Cutting or Comminuting coffee and similar material »,
brevet de Frederick Jacob Osius, 23 novembre 1916 (GB108260A).
GB231048A
«Improvments relating to Mills for Grinding Coffee and the like » Uno Company Limited, 10 juin 1924 (GB231048A).

L’ajustement de mouture se fait le plus souvent à l’aide d’une molette située à l’avant du moulin (à l’arrière du moteur sur les Holwick). Ces mastodontes ont, pour un grand nombre, survécus au passage du temps et on en retrouve bien plus souvent que les premiers moulins électriques compacts, victimes des effets de mode ou de la première panne de moteur.

Moulins à café électriques industriels 1920s
Moulins à café électriques industriels Hobart (à gauche) et Holwick (à droite), années 20-30.
GB294930A
«Improvments in or relating to Grinding Apparatus», Hobart Manufacturing Company, 18 juin 1928 (GB294930A).

Parallèlement au développement des moteurs, un autre élément essentiel des moulins évolue : les meules. Elles étaient coniques avec un axe vertical dans les moulins traditionnels (turcs puis cubiques), elles deviennent plate avec un axe horizontal dans les moulins muraux et industriels. De nombreux brevets sont déposés entre 1798 (premier brevet connu d’un moulin à café) et 1918, reflétant l’évolution des techniques de fabrication pour parvenir à un meilleur contrôle de l’efficacité de broyage, de la finesse et de la régularité de mouture.¹¹

USX198
«Coffee Mill», premier brevet connu d’un moulin à café manuel, modèle mural avec meules plates. Thomas Bruff Senior¹², 8 janvier 1798 (USX198).
US303708 et US331683
«Grinding mill», brevets de H.H. Coles, 19 août et 13 décembre 1884 (US303708 et US331683).
US636124A
«Coffee or Grain Mill», brevet de C.U. Farrar, 16 mai 1898 (US636124A).
US953250 et US953251
«Coffee Mill», brevets de F. Bartz de la J.Deer Company, productrice des moulins ‟Royal Electric”, 7 avril et 7 décembre 1905 (US953250 et US953251).
US1089413A
Grinding-disks for Coffee-Mills and the like» H.L. Johnston de la Hobart Electric Manufacturing Company, 22 mai 1911 (US1089413A).
US1262636A
«Coffee Mill Burs», brevet de J.F. Carson de la Cleveland Electric and Machine Manufacturing Company, 11 septembre 1914 (US1262636A).
US1306610
Grinding Mill», brevet de Charles Morgan de la Arcade Manufacturing Company, 7 juin 1918 (US1306610).

Les allemands étaient des acteurs majeurs dans la fabrication des premiers moulins, eux qui confectionnaient les mécanismes des moulins Français jusqu’à la fin du XIXe siècle. Ils ne se laissent pas vraiment distancer par l’arrivée des moteurs électriques puisque différentes entreprises allemandes jouent un rôle important dans leur évolution: Mahlkönig pour les modèles industriels, mais aussi AEG, Paul Kaack, Fabke ‘Rapid’, Zellweger Perl, PE-DE et surtout l’entreprise Walter Voigt de Dresde.

Différents modèles de moulins électriques allemands de 1925 à 1939
Différents modèles de moulins électriques allemands de 1925 à 1939.[Source : Ian Bersten]

L’entreprise AEG (« Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft », division allemande d’Edison à l’origine) produit en 1911 un moteur électrique compact de près de 100W (1/8 de CV) tournant à 80 tours par minute, des caractéristiques suffisantes pour actionner un petit moulin à café. Ce type de moteur est proposé pour être adapté sur des moulins manuels « traditionnels » (comme le fait Peugeot sur des modèles de 1923-1926), avant de trouver une place à part entière et constituer une nouvelle classe de moulins à café : les électriques domestiques.

Moulin électrique AEG, 1911
Moulin électrique AEG, 1911. [Source : Ian Bersten]
Moulins électriques Peugeot de 1923/1926
Moulins électriques Peugeot de 1923/1926. [Source : Ian Bersten]

En 1931, des modèles très compacts sont produits par Peugeot : les modèles « domestique » et « hôtel ». Ils utilisent encore un moteur excentré et une courroie pour entrainer les meules et sont capables de moudre 40 à 80 grammes de café par minutes.

Moulins électriques Peugeot de 1930/1931
Moulins électriques Peugeot de 1930/1931. [Source : Ian Bersten]
Moulins électriques Legrain et J.Gros, 1920-1930
Moulin électrique Legrain et J. Gras (fin des années 20). [Source: Ian Bersten et AICMC]

Dans les mêmes années, deux modèles très similaire sont produits l’un par une firme française (non identifiée) et l’autre par Marelli, une très importante entreprise italienne d’appareils électriques (fabriquant divers produits, allant d’énormes transformateurs électriques aux premiers ventilateurs domestiques). Le modèle français est peut-être issu des établissements Legrain (nom prédestiné s’il en est) établis au 15, rue Bichat à Paris (anciennement Lefevre et Legrain) ou J. Gras qui avaient produit un modèle dans les années 20 qui présente des similitudes dans la conception. Les modèles italiens Marelli sont vendus par Velox et Simerac pour accompagner leurs petites cafetières.

Moulins électriques français et italien (Primo Marelli), 1920-1930
Un des tout premier moulin électrique français (marque non identifiée, fin des années 20) et modèle primo Marelli (années 30). [Collection privée de Ian Bersten]
Publicité pour la cafetière express Velox et le moulin électrique Primo Marelli, 1934
Publicité pour la cafetière express Velox et le moulin électrique Primo Marelli, 1934.
Modèle Primo Marelli (années 30)
Modèle Primo Marelli (années 30).

Peu après, les moulins muraux deviennent à leur tour électriques, souvent équipés de moteurs similaires à ceux utilisés pour les essuie-glaces Renault ou Citroën. Cela est assez logique dans la mesures où la Parisienne S.E.V., une des marque phare de ces moulins, signifie « S.A. pour l’Équipement Électrique des Véhicules (Industriels) ».

Évolution des moulins électriques muraux des années 1930 à 1950
Évolution des moulins électriques muraux des années 1930 à 1950. [Sources: Ian Bersten, INPI]
Brochure du modèle « Type 50 » de S.E.V., 1950
Brochure du modèle « Type 50 » de S.E.V., 1950.

 

Le retournement de situation

L’entreprise allemande Voigt (Walter Voigt G.m.b.H.), établie à Dresde, produit des moulins à café depuis de nombreuses années, allant des modèles cubiques en bois aux modèles muraux en fonte comme ceux produit par les entreprises américaines.

DE509800A
«Kaffeemühle mit einem auf einer Motorwelle befestigten Mahlkegel», brevet Walter Voigt, 6 avril 1928 (DE509800A).
Publicité Walter Voigt de 1930
Publicité Walter Voigt de 1930 (dans un français très approximatif).

L’entreprise dépose en 1928 un brevet de moulin électrique compact (le `Type 28´) qui se décline au fil du temps jusqu’à aboutir en 1932 à l’un des tout premiers moulins commercial présentant un moteur à la verticale, et le premier l’intégrant dans le châssis du moulin comme la majorité des moulins électriques modernes.

Modèles Voigt de 1932
Modèles Voigt de 1932, dont le premier comportant le moteur intégré à la verticale dans le corps du moulin.

En fouillant un peu, on trouve un brevet antérieur qui présente un moteur compact placé à la verticale, mais dans la partie supérieure du moulin. Ce brevet a été déposé le 29 novembre 1915 par Edward J. Bodey de Cincinnati (inventeur, quelques années plus tôt, d’un aspirateur électrique qui lui a peut-être inspiré cette configuration).

US1213149
«Grinding Machine», brevet de Edward J. Bodey, 29 novembre 1915 (US1213149).

Il existe aussi cet autre brevet assez étrange de deux marseillais, Charles Foglia et Léon Roger, propriétaires semble-t-il d’un magasin d’ustensiles de cuisine ou d’une quincaillerie située au 2, rue Sainte. Ils avaient déposé en 1923 un brevet pour une chaise pliante qui tient dans la poche et un modèle d’un « ustensile destiné à la cuisson des aliments à l’étouffée » en 1932. En 1924, ils déposent un brevet pour un « Moulin-broyeur pour café ou toute autre matière », qui peut être considéré comme l’ancêtre des moulins à palettes sauf que les pales sont des sortes de marteaux ou des boules destinées à concasser le café qui est ensuite passé à travers un tamis (carter dans la partie du bas) pour obtenir la mouture voulue. L’axe est entrainé par un moteur électrique, placé lui aussi à la verticale et sur le dessus, de très petite taille car cette méthode demande moins de force qu’un moulin « convenitonnel ».
Le modèle était habilement nommé « Mou’vit », c’est en tout cas ce nom qui est mentionné en juillet 1933 dans la revue spécialisée « La Machine moderne ».

FR599425A
«Moulin-broyeur pour café ou toute autre matière», brevet de Foglia et Roger, 27 mai 1925 (FR599425A).

Il n’en reste pas moins que la configuration de Voigt (en bas à gauche sur les modèles de 1932), qui parait si naturelle aujourd’hui, aura pris plus de 30 ans d’évolution des moulins à café électrique avant de voir le jour. Cette conception va devenir omniprésente dans les années suivantes, notamment en Italie où l’action va se déplacer pour le prochain épisode.

À suivre…

_________________________________

⁹ Un certain Wilhelm Rief, électricien de Hambourg, avait déposé un brevet antérieur (le 7 octobre 1903, numéro US780729) mentionnant un « moteur » mais sans spécifier s’il était électrique ou à vapeur.
¹⁰ Dayton faisait partie des entreprises ayant été regroupées sous le nom de « Computing Scale Company », précurseur de la compagnie « International Business Machines » (IBM). Il existe ainsi des moulins de marque IBM… merci à Thierry Prieux de l’AICMC pour l’anecdote.
¹¹ Inventeur chevronné, il a été le dentiste d’un des « pères fondateurs » et grand amateur de café, Thomas Jefferson troisième président des États-Unis (voir Thomas Jefferson: Coffee’s secret Godfather).
¹² Pour un répertoire quasi-complet des brevets sur les moulins à café, voir le site de l’AICMC et le site d’avianwd (avec vignettes).

 

 
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Publié par le 3 avril 2016 dans Histoires et Histoire

 

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Ascenseur pour l’expresso (Episode 17)

Ode à l’Électricité (Acte III, adagio)

La machine à vapeur, invention qui a donné naissance à la révolution industrielle du XIXe siècle, présente des liens étroits avec l’histoire de la machine à café express. Les techniques permettant de fabriquer des chaudières sous pression, la marée de nouveaux ouvriers venant gonfler les villes, en manque de café et de temps pour le boire, et la hausse générale du niveau de vie sont autant de facteurs qui créeront à la fois le besoin pour un nouveau mode d’extraction du café, « meilleur et plus rapide », et les moyens techniques d’y parvenir.

Une autre grande invention attend l’express au tournant. Fruit des travaux successifs et remarquablement multinationaux d’illustres savants¹ l’invention du siècle suivant aura une incidence majeure sur la naissance de l’espresso. L’arrivée de l’électricité marquera en effet la naissance de l’espresso, moins par le développement des résistances de chauffe que par l’avènement du moteur électrique.

Affiche Application Electricite 1909
Affiche de 1909 pour l’exposition internationale des applications de l’électricité.

L’Italie de 1900, comme toutes les nations « modernes » développe ses moyens de production électrique et des câbles fleurissent le long des routes du pays, entrainant avec eux une cohorte d’apprentis électriciens et d’inventeurs à la recherche d’applications pour cette toute nouvelle technologie. Ceux-ci vont littéralement la faire entrer dans les maisons, ce que n’avait pas réussi à faire la (trop) bruyante machine à vapeur.

Bouilloire AEG Behrens 1924
Bouilloire électrique dessinée par Peter Behrens en 1909 et produite par AEG.²

Si l’on suit le fil « électrique » de l’histoire, la technologie touche d’abord les bouilloires.³ Elles commencent à utiliser des résistances au tournant du XXe siècle et sont commercialisées par les grandes compagnies d’électricité (Siemens, General Electric, AEG, Edison et Swan). La chauffe électrique est intégrée à un percolateur de grand format en 1893 (produit par la General Electric Company); suivent Benjamin Joseph Barnard en 1908 avec une cafetière domestique et Marzetti en 1909, un des premiers à breveter l’utilisation de l’électricité pour chauffer l’eau des machines à café express. Son brevet couvre à peu près tous les types de cafetières de l’époque, ce qui explique peut-être que les brevets suivants n’arrivent que 10 ou 15 ans plus tard.

Cafetière Edisonia, 1910
Cafetière «Edisonia», correspondant en tout point au brevet ITX410234 de Manlio Marzetti déposé le 12 décembre 1908.

Manlio Marzetti, prolifique inventeur milanais ayant breveté des cafetières mais aussi un collecteur d’ordures ménagères, un camion frigorifique pour le transport de viandes de boucherie, un support d’ampoule, une antenne radio et d’autres encore dans les années 1930 (alors qu’il travaillait pour l’entreprise « Italiana Magneti Marelli »), a vraiment produit cette cafetière dans les années 1910 puisqu’il en existe encore au moins un exemplaire dans le monde.⁴ Cette première machine à café express électrique domestique s’appelait «Edisonia», un bel hommage à celui qui aura réussi à électrifier le monde entier et une illustration parfaite pour le sujet de cet article.

Publicité cafetière Express électrique
Publicité incitant à l’utilisation de cafetières électriques, vers 1930.

« Il faut être de son siècle », clame la publicité, promettant même un meilleur café. L’arrivée de l’électricité pour le chauffage des chaudières, remplaçant petit à petit le gaz et les lampes à esprit de vin est la seule avancée majeure dans l’évolution technologique des cafetières express, autant pour les machines à café de bar que pour les petites domestiques. Pour ces dernières, cela commence par la conversion des anciens modèles (Giussani, Oikos, Santini) par l’ajout d’une plaque chauffante en-dessous de la cafetière express ou en utilisant une résistance immergée pour les cafetières classiques (la « Termovelox », brevet Selvatico de 1919).

Brevet Selvatico 1919
Appareil « Termovelox » de Selvatico pour le chauffage de l’eau, Brevet FR540487A de 1919. [ Source: Espacenet ]
Fornello début XXe
Réchaud électrique, début XXe.
Cafetière électrique et termovelox
Publicité des années 20 pour les modèle Oikos et Giussani electrifiés ainsi que « termovelox » (brevet Selvatico de 1919).

Dans la foulée, de nouveaux modèles électriques sont commercialisés à grande échelle, comme la ‘Mignonne’ et la ‘Tipo Famiglia’ de Victoria Arduino (toutes deux crées en 1921 grâce au concours d’Oreste Bajma Riva)⁵ mais aussi le célèbre modèle « Velox » qui, à partir de 1925, est vendu à Paris par Pier Felice Concaro.

Cafetière Velox Concaro 1925
Cafetière « Velox » présentée au 2e Salon des appareils ménagers de Paris, Recherche et Inventions 1 février 1925. [ Source : Gallica ]
Cafetière Velox Concaro 1924
Publicité pour la cafetière électrique « Velox », Le Matin 30 novembre 1924. [ Source : Gallica ]

Dans les foires expositions, les cafetières express trouvent alors leur place aux côté dans transformateurs et autres frigidaires, luminaires ou moteurs électriques, tels les stands de Neowatt ou Victoria Arduino qui se retrouvent, entre 1930 et 1938, dans les pavillons consacrés à l’électricité ou l’électrotechnique .

Padiglione dell'elettrotecnica 1934
Fiera di Milano – Campionaria 1934 – Padiglione dell’elettrotecnica – Sala interna. [ Source : SIRBeC ]
Stand Neowatt Padiglione dell'elettrotecnica 1936
Fiera di Milano – Campionaria 1936 – Padiglione dell’elettrotecnica – Stand della Neowatt B.C. [ Source : SIRBeC ]
Stand Neowatt Padiglione dell'elettricità 1938
Fiera di Milano – Campionaria 1938 – Padiglione dell’elettricità – Sala interna. [ Source : SIRBeC ]
Stand Marelli Padiglione dell'elettricità 1936
Fiera di Milano – Campionaria 1938 – Padiglione dell’elettricità – Sala interna. [ Source : SIRBeC ]
Padiglione dell'elettrotecnica 1930
Stand Victoria Arduino (en avant à côté de Fili Pagani) et Pavoni ? (au fond, en avant de Philips).
Fiera di Milano – Campionaria 1930 – Padiglione dell’elettrotecnica – Sala interna. [ Source : SIRBeC ]

De fait, la véritable déferlante « express électrique » ne se fait qu’à partir des années 20 et est issue de compagnies travaillant aussi à la production des premiers chauffe-eau et poêles électriques à une époque où, incontestablement, les normes de sécurité n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui.

Ainsi, on retrouve des noms de sociétés italiennes œuvrant autant sur des brevets ou des marques de cafetières que d’appareils pour l’équipement de salle de bain. Citons par exemple « Luigi Barbacini » (1918), la « Societa Elettrotermica Select (S.P.E.S.) R. Fioravanti & C. » (1919), « Cesare De Mattei e Ernesto Albano » (1920, un des frères De Mattei associé à la marque ‘Torino Express’), la «Ditta Cavazzini & Casati» (1920), mais aussi Alfeo Bordoni auteur de plusieurs brevets de chauffage électrique intégré qui multiplie les sociétés et les dépôts de marques liées aux cafetières : ‘S.E.S.’ Ditta Bordoni & Giorgi (1922), ‘L’orientale’ Alfeo Bordoni (1923), ‘La Brasiliana’ Ditta Bordoni & Bettini (1924), ‘Roma’ Alfeo Bordoni (1931).

Cafetière Brasiliana Bordoni
Cafetière « Brasiliana » présentée au 2e Salon des appareils ménagers de Paris, Recherche et Inventions 1 février 1925. [ Source : Gallica ]

 

Brevet Bordoni 1924
Brevets FR29595E, FR579985A et FR583000A de Bordoni, 1924. [ Source : Espacenet]
Publicité Brevetti Roma 1930
Publicité pour des chauffe-eau électriques de la marque Roma, vers 1930.

Ce sont aussi les officines d’Angelo Torriani (marques ‘Lutetia’, ‘Lutetia’ et surtout ‘Eterna’), A.M.E.R. de Pietro Borla (Apparecchi e Macchine Elettriche per Riscaldamento, 1924⁶) ou A.P.R.E. (Applicazioni Pratiche Riscaldamento Elettrico, 1924) qui, à l’instar des grandes marques ‘Victoria Arduino’, ‘La Pavoni’ ou ‘OMEGA’ (Soc. An. Apparecchi Elettrici Macchine da Caffè Espresso ‘OMEGA’ de Scafi & C., 1930) se lancent dans l’électrification de grosses machines express et produisent leurs propres modèles.

Cafetière A.P.R.E. 1924
Cafetière électrique de la marque A.P.R.E. présentée au 1e Salon des appareils ménagers de Paris, Recherche et Inventions 15 janvier 1924. [ Source : Gallica ]
Logo A.M.E.R. 1924
Logo de la marque A.M.E.R., vers 1924, avec machine à café et cuisinière électrique.
Brochire A.M.E.R. 1924
Brochure de la marque A.M.E.R., vers 1924, présentant des cafetières, des chauffe-eau et des cuisinières électriques.⁷
Publicité Omega Scafi et C.
Publicité pour la marque Omega, vers 1920.
Brevets Torriani 1926 et 1930
Brevets GB247345A et US1750068A de Torriani (marques Watt et Eterna) de 1926 et 1930.
Cafetière Eterna 1930
Cafetière Eterna dans un café Parisien, vers 1930.

L’époque est aux changements, le bruit assourdissant des machines à vapeur (celui-là même qui dérangeait les voisins de Moriondo et Gariglio aux débuts de leur entreprise⁸) va bientôt faire place aux ronrons des premiers moteurs électriques… sentez-vous l’odeur de café fraichement moulu ?

À suivre…

_________________________________

¹ Benjamin Franklin (américain, 1706-1790), Alessandro Volta (italien, 1745-1827), André-Marie Ampère (français, 1775-1836),  Hans Christian Ørsted (danois, 1777-1851), Georg Simon Ohm (allemand, 1789-1854), Michael Faraday (britannique, 1791-1857), Joseph Swan (britannique, 1828-1914), Thomas Edison (américain, 1847-1931) et Nikola Tesla (serbe, 1856-1943).
² Au risque de me faire reprocher une trop grande généralisation… je l’ajouterais à la liste des inspirations potentielles de Bialetti : au vu du style de cette bouilloire, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec celui de la « Moka ». Tant qu’à y être, je me suis fait une réflexion similaire en tombant sur l’ «Auto-Thermos» : premier autocuiseur, fait d’aluminium et de bakélite avec soupape de sécurité, produit à Boulogne sur Seine entre 1927 et 1935. Je me demande si ce ne sont pas là les ateliers où Alfonso aurait travaillé. J’encourage les sceptiques à aller constater que ces mêmes ateliers produisaient aussi une cafetière sous pression, le «Perco-Thermos».
³ Voir l’évolution de cette technologie sur « A History of the Electric Kettle », un site britannique, vous vous en doutiez.
⁴ Ce modèle unique est apparu sur eBay en avril 2016 sous une mauvaise identification (attribuée à « Snider » car il est vrai que le style ressemble un peu aux premières machines express de la firme; le style ressemble aussi à celui du modèle Simplex de la marque A.M.E.R. de Pietro Borla produit dans les années 1920) et s’est envolé pour la somme de 2900€. Sur le socle, est inscrit l’adresse «Milano, via Lincoln 13», une petite impasse qui croise la rue Benjamin Franklin… ça ne s’invente pas.
⁵ Voir l’histoire de la Victoria Arduino, «Les bleus du petit noir… hasta La Victoria».
⁶ Voir l’histoire de Zenith Express, «La Marseillaise – Histoire de la marque Zenith Express».
⁷ Merci à Pascal pour avoir scanné ce précieux document.
⁸ Voir l’histoire d’Angelo Moriondo, «Angelo et la Chocolaterie».

 

 
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Publié par le 31 janvier 2016 dans Histoires et Histoire

 

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