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Archives de Tag: Foire de Milan

Ascenseur pour l’expresso (Episode 30)

Le talent d’Achille (4/7)

«Le talent est la faculté de concentrer son attention sur tel ou tel objet et d’y voir quelque chose de nouveau, quelque chose que les autres ne voient pas».¹⁷

Rita Hayworth - Gilda
86. Rita Hayworth dans la scène mythique de Gilda (film de 1946) et le levier éponyme lancé par Gaggia en 1952.

Le modèle Pandora n’a peut-être pas eu le succès qu’il méritait car la Foire de Milan de 1952 présentait aussi une véritable star, la Gilda, première machine à levier domestique de Gaggia. C’est la machine qui fait entrer l’espresso dans les foyers, et un nouveau coup de génie d’Achille.

Le modèle est nommé non pas en référence au prénom de sa femme (qui s’appelait Luigia) mais au personnage incarné par Rita Hayworth dans un film de 1946, figure emblématique de la pin-up. Le film «Gilda» sort en Italie autour du mois d’avril 1947, soit très peu de temps avant la date du dépôt par Achille Gaggia de son brevet pour levier à ressort, le 8 août 1947. Gaggia a certainement vu le film vers cette date, peut-être même après l’avoir déposé au bureau du Ministère de l’Industrie et du Commerce. J’ai comme l’impression qu’en choisissant le nom «Gilda», il a voulu associer la figure de cette icône glamour qui a marqué les esprits d’après-guerre à l’exaltation de son brevet et aux possibilités qui s’offraient alors à lui. Il accordait une grande importance, et avec raison, à ce brevet au cœur de sa réussite, faisant apparaître l’année de son obtention et de fondation de sa compagnie «Brevetti Gaggia» sur son logo (à travers l’inscription 1848-1948). Le message caché est peut être aussi lié à l’histoire qui sous-tends l’intrigue du film : un brevet racheté pour trois fois rien avant-guerre et qui fait la fortune des personnages principaux, placés en position de monopole. L’histoire d’Achille est de celles qui semblent chuchoter qu’il faut suivre son instinct en laissant des traces derrière soi… je me plais à penser que c’est déjà l’attrait des salles obscures qui l’avait mené, au milieu des années 30, en plein cœur du quartier des cinémas de Milan, au café «Moka Sanani», croiser le chemin d’Antonio Cremonese, l’homme qui changea son destin.

Gilda XXXe Fiera milano 1952
87. Annonce de la présentation du modèle Gilda de Gaggia à XXXe Foire de Milan. Gazzetta del Mezigiorno – Cremona, 25 avril 1952.
Brevet Gilda ES204209 - 1952
88. Brevet de la Gilda, «Aparato para la preparacion del café exprés», déposé en Espagne le 20 juin 1952 (numéro ES204209).
Publicité Gilda Natale 1952
89. Un des premiers modèles produit et publicité pour la Gilda pour le Noël 1952 (Gazzetta del Mezzogiorno – Cremona, 6 décembre 1952).
Motifs Gilda 1952
90. Dessin de la Gilda levier levé, détail de la décoration sur la cuve et vue plongeante où on peut apercevoir le thermomètre et le « G » de la grille.

Le brevet de la Gilda, «Appareil domestique ou analogue pour la préparation de café express», est déposé en Italie le 26 avril 1952, tout juste synchronisé avec la XXXe foire de Milan où la machine est présentée pour la première fois. Elle est de petite taille, avec une cuve fermée et un chauffage électrique contrôlé par un interrupteur, une valve de surpression et un thermomètre incorporé au bouchon de la chaudière. Elle est en aluminium avec des lignes très simples, une cuve décorée de deux bandes entrelacées portant les mots «Gaggia – Gilda – Milano» et la grille de la bassinelle percée de trous qui découpent la lettre G de Gaggia.

Publicité Gaggia Esportazione - Gilda
91. Publicité d’un point de vente de Gaggia à Milan.
Publicité Gaggia Esportazione - Gilda (Torino)
92. Publicité d’un point de vente de Gaggia à Turin (Gazzetta del Mezzogiorno, 3 mars 1953).
Catalogo Caudano 1953
93. Page du catalogue de vente « Caudano – Articoli Casalinghi » de 1953 où apparaît le Gilda. [Source:Francesco Ceccarelli]

La publicité pour la Gilda mets l’accent sur la possibilité d’obtenir chez soi de la «crème de café naturelle» (l’espresso), comme au bar, mettant en parallèle la machine professionnelle de Gaggia et la petite Gilda. Elle était vendue à l’époque 35,000 Lires (soit l’équivalent de ~450€ actuels),¹⁸ ce qui n’était pas à la portée de toutes les bourses mais relativement bon marché pour la qualité de fabrication, la nouveauté qu’elle représentait et le café qu’elle pouvait produire. Dès 1953, elle est vendue en Espagne par Gaggia Española, qui la présente à la foire internationale de Barcelone où l’on retrouve le camion Gaggia Esportazione.

Camillo Gaggia Premières Gilda
94. L’équipe de Gaggia inspectant les premières Gilda produites (à gauche, Camillo Gaggia, au centre des trois autres, certainement le même personnage que celui apparaissant sur la photo 19).
XXIe Feria Barcelona 1953
95. Pleine page de Gaggia Española dans le journal ABC du 13 juin 1953, annonçant la Gilda à l’occasion de XXIe foire internationale de Barcelone (on remarquera à droite du pavillon, la présence du camion Gaggia Esportazione).
Publicité Gaggia Gilda Couleur
96. Pleine page de Gaggia annonçant la Gilda en 1952.

Fait assez étrange, le piston de la Gilda, contrairement à l’invention originale de Gaggia, ne comporte pas de ressort. Cela en fait une machine très proche dans son principe de l’Europiccola, qui ne verra le jour que 7 ans plus tard (brevet pour modèle de Piero Diamanti, numéro 77505, déposé le 20 avril 1959). Pourquoi ce choix ? Pour des raisons de sécurité ? D’esthétique ? De disponibilité ou de corrosion des ressorts ? Difficile de le savoir.
On dit souvent que la Gilda est la première machine à levier domestique. En fait, elle est certainement la première machine commercialisée mais ça n’est pas précisément le premier brevet du genre. Il existe un autre brevet qui le précède de seulement quelques jours, déposé par Renato Roverselli de Brescia (à proximité de Milan) le 19 avril 1952. La machine Roverselli possède une cuve ouverte, un chauffage électrique et un piston à ressort actionné par un levier. Les poignées du levier et du porte-filtre ressemblent étrangement à celles des Gaggia. On remarque sur le brevet qu’un système de fixation par serre-joint était prévu pour stabiliser la machine. Autre fait assez particulier, il n’y a pas de joints sur le piston. Il est dit dans la description que l’étanchéité et la température d’opération idéale sont assurées par la différence de dilation entre le disque situé en bas du piston (élément 20) et la chemise. Le choix des matériaux était censé bloquer le piston en-dessous de la bonne température et être étanche lorsque la température lui permettait de monter et descendre. Pas sûr que le système était tout à fait fiable.

Brevet Roverselli FR1075920 - 1953
97. «Machine pour la préparation du café en boisson», brevet de Renato Roverselli déposé en France le 17 avril 1953 (numéro FR1075920).

Est-ce pour cela que la Gilda n’avait pas de ressort ? La Roverselli relevait plutôt du prototype alors que la machine de Gaggia était déjà à l’état de commercialisation au moment du dépôt du brevet. Il n’est pas possible qu’il ait changé ses plans à la dernière minute, d’autant qu’il était à l’origine de l’idée du ressort. C’était donc dès le début que sa machine domestique n’en possédait pas.

Roverselli commercialisera éventuellement sa machine, ou reprendra du moins ses grands principes dans un modèle peu connu mais qui a bel et bien existé, la Petronilla Piccolobar (marques détenues et distribuées par la firme Alfonso Bruni de Milan). Il n’existe pas de lien évident entre Roverselli et Bruni, mais Roverselli a déposé en 1953 un brevet avec l’ingénieur Max Lange d’Innsbruck, qui est clairement une modification du premier brevet, avec la même numérotation étendue, cuve fermée et remplissage par une arrivée d’eau.

Brevet Roverselli & Lange AT195841 - 1953
98. «Espressomaschine», brevet de Renato Roverselli et Max Lange déposé en Autriche le 18 novembre 1953 (numéro AT195841).
Publicité Piccolobar Petronilla (Alfonso Bruni) 1953
99. Publicité de 1953 pour la Piccolobar Petronilla, distribuée par Alfonso Bruni.
Modèles ELWE Piccolobar
100. Différents modèles Piccolobar distribués par Elwe et Bruni.

Or, il se trouve que Max Lange était le propriétaire de ELWE-Elektro-Technishe Erzeugnisse Lange & Co. (19, Defreggerstrasse, Innsbruck, Austria). Elwe, la compagnie qui commercialisait les Piccolobar en Autriche et en Allemagne, y compris un modèle plus évolué avec cuve fermée et arrivée d’eau. Si ces preuves ne suffisent pas, une publicité d’époque pour la Piccolobar annonce «un piston sans joint fonctionnant sur le principe de la dilatation des métaux». On relèvera aussi que les «Brunella», modèles distribués plus tard par Buni, utilisent exactement le même principe de levier avec cuve ouverte (mais avec des joints sur le piston, comme la plupart des Piccolobar d’ailleurs).

Dans les mêmes années, un autre inventeur autrichien desservira les pays germaniques, et même jusqu’à l’Espagne, avec une machine domestique à ressort. Elle comporte même plusieurs ressorts et une conception assez complexe. Franz Hochmayr (Ramperstorffergasse 66, Vienna, Austria) est le concepteur de l’étrange modèle appelé «Nockit» dont le brevet est déposé en Autriche le 22 février 1952, ce qui en fait peut-être bien la toute première machine à ressort domestique commerciale, mais qui ne produisait pas à proprement parler de l’espresso. Son principe repose plutôt sur le contrôle précis de la poussée de l’eau, due à la pression de vapeur, et une sorte de filtre pressurisé avant l’heure.

Brevet Hockmayr US2688911 - 1953
101. «Electrically heated expresso machine for the preparation of coffee, tea, or the like», brevet de Franz Hochmayr déposé aux États-Unis le 4 février 1953 (numéro US2688911).
Nockit modèle et publicité Hockmayr
102. Machine Nockit et publicité de la Metallwarenfabrik Ing. Franz Hochmayr.

Parmi les avant-gardistes, on peut signaler qu’en 1953, deux autres compagnies ont conçu des machines espresso domestiques directement inspirées de la Gilda : il s’agit de Juvara et Radaelli.

Les Établissements Juvara, compagnie parisienne, s’associe de nouveau avec Cesare Bialetti (avec lequel ils avaient commercialisé la Vesuviana)¹⁹ mais cette fois-ci pour déposer avec lui un brevet, le 9 juillet 1953, appelé «Appareil pour la préparation du café». Derrière ce titre particulièrement vague se cache une machine tout à fait originale. Il s’agit d’une machine espresso avec cuve ouverte dont l’axe du piston (sans ressort) reprend le principe de la crémaillère de Gaggia mais entrainée par un volant, à la manière des perceuses à colonne. Elle n’a pas dû être fabriquée en grand nombre car il existe bien des photos de cette machine (déposées à l’INPI comme justificatif d’un brevet pour dessin et modèle), mais aucun exemplaire connu de nos jours. Pas de trace non plus du modèle à deux groupe qui apparaît dans le brevet.

Brevet Juvara & Bialetti FR1085498 et dépôt INPI - 1953
Brevet Juvara & Bialetti FR1085498 - 1953
103. «Appareil pour la préparation de café», brevet de Juvara et César Bialetti déposé en France le 9 juillet 1953 (numéro FR1085498) et photos du brevet pour dessin et modèle déposé à l’INPI le 30 juillet 1953.

L’autre modèle dérivé de la Gilda venait de R. Radaelli (pour Riccardo Radaelli) S.p.A., une compagnie établie à Milan depuis les années 20, spécialisée dans les chauffe-eau, au gaz ou électriques. Profitant certainement d’une expertise en fabrication de résistance immergées (à l’instar de Piero Diamanti et son entreprise D.P. quelques années plus tard), elle conçoit une petite machine espresso appelée «Caffomatic» que l’architecte Paolo Buffa aurait dessinée. Le brevet pour modèle est déposé en Italie, au nom de l’entreprise, le 21 avril 1953, sous le titre «Macchina portatile per la preparazione estemporanea di infusi come caffé camomilla e simili bevande a foggia sostanzialmente cilindrica con piattaforma di sostegno». Un autre brevet pour modèle est déposé le 3 juin 1953 aux États-Unis par Enrico Radaelli (certainement un des fils). Machine élégante avec une cuve ouverte et un levier ayant la particularité d’être courbé, cuve chromée et peinture à l’aspect martelé, le mécanisme du piston est exactement le même que celui de la Gilda. C’est la seule machine qu’ils produiront mais c’est un coup de maître car de nombreux modèles postérieurs s’inspireront de ce design si particulier pour l’époque.

Radaelli modèle et photo brevet
104. Machine Caffomatic de R. Radaelli.
Radaelli brevet USD174468 - 1953
105. Brevet pour modèle d’Enrico Radaelli déposé aux États-Unis le 3 juin 1953 (numéro USD174468).

 

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Logo FAEMA 1954
106. Dépôt de marque en Italie du logo FAEMA (numéro 118161 du 18 février 1954).
FAEMA Venere 1952
107. Modèle «Venere» de FAEMA, produit vers 1952.
Publicité FAEMA via Ventura 1954
108. Affiche de la compagnie FAEMA ventant la cadence de production de leur nouvelle usine (on y voit tous les premiers modèles : Nettuno, Marte, Mercurio et Venere).

La deuxième raison pour laquelle la «Pandora» ne s’est pas vendue est peut-être aussi à chercher du côté de FAEMA. La compagnie possédait en effet un modèle assez similaire sorti en 52, une machine à un groupe assez compacte de la série «système solaire», appelée «Venere» (Vénus).²⁰ Trop grosse pour la maison, trop petite pour un bar, c’est une machine qui n’a pas dû être produite en grand nombre car elle est relativement rare aujourd’hui. Beaucoup plus difficile à trouver, c’est certain, que la réponse de Valente à la Gilda : la «Faemina». Son nom même, qui signifie «femelle» en latin, semble être un pied-de-nez à la Vénus glamour de Gaggia. Elle est couverte par deux brevets déposés en Italie les 28 mai 1952 et 14 avril 1953.

Brevet Faemina FR1080145 - 1953
109. «Machine à faire les infusions de café avec piston soulevable à la main utilisable notamment dans l’économie domestique», brevet de Felice Arosio et Ernesto Valente déposé en France le 27 mai 1953 (numéro FR1080145).
Publicité Faemina - 1953
110. Publicité de FAEMA pour le nouveau modèle Faemina, vendu 43,000 lires en 1953.
Logo Faemina - 1954
111. Dépôt de marque de FAEMA pour la Faemina (numéro 118974 du 9 juin 1954).
Publicité Faemina couleur 1954
112. Publicité en couleur pour la Faemina, reprenant le logo nouvellement déposé (1954).

Elle est peut-être là l’explication de l’absence de ressort sur la Gilda. Valente et Gaggia se sont possiblement entendus sur le type de machine qu’ils allaient chacun mettre de l’avant. Produite à partir de 1953, cette petite dernière de la famille FAEMA rencontrera un succès considérable, malgré son prix sensiblement plus élevé que la Gilda (43,000 lires en 1954). Il faut dire qu’elle avait tout pour plaire : un ressort, une cuve fermée avec lance vapeur pour les cappuccini, et une esthétique qui fait encore rêver. Une cuve suspendue sur un pied et un hublot pour voir l’action du piston poussé par le ressort, concept qui sera maintes fois copié par la concurrence.

On peut citer en particulier la Microcimbali, produite à partir de 1954, vendue entre 38 et 40,000 Lires. La San Marco «Tipo Famiglia» et «Tipo Junior». La «Chicobar», machine très rare de la famille «Bruni», certainement aussi produite en 1954 (date du dépôt de la marque par Bruni), dont il existe un très beau spécimen sur Home-Barista. Et la «SantCarlo», découverte très récente de Francesco Ceccarelli.²¹

Microcimbali 1954
113. Publicité pour la Microcimbali dans la Stampa Sera du 4 décembre 1954.
Microcimbali XXXIIe foire de Milan 1954
114. Publicité pour la Microcimbali montrant sa présentation lors de la XXXIIe foire de Milan de 1954, ainsi que son prix de vente (38,000 lires).
Publicité couleur Microcimbali
115. Publicité en couleur pour la Microcimbali.
Modèle Chicobar (Alfonso Bruni) 1954
116. Modèle «Chicobar» distribué par Alfonso Bruni.

Gaggia ne se laisse pas déconcentrer et poursuit la production de la Gilda, en constituant une nouvelle compagnie (la VE.MA.CC.) dont l’adresse correspond à celle des bureaux de Gaggia (8, via Angelo Maj). La société annonce utiliser les ateliers Gaggia et offre, à partir de 1953, un modèle appelé «Iris», très similaire à la Gilda mais avec une cuve ouverte. Il est possible que Gaggia ait cédé ses anciens locaux (3 via Carabelli) à la VE.MA.CC., car en 1953 la production de Gaggia est déplacée à une nouvelle adresse, via Cadolini. Début 1953, Brevetti Gaggia est enregistrée au 24 de cette rue (d’après un brevet britannique) et l’on retrouve alors cette adresse sur les badges de la Gilda. Gaggia est plus tard enregistrée au 9, via Cadolini (vers 1955) où se trouve une toute nouvelle usine. Dans cette période une nouvelle fabrique située à Monaco, Plage de Fontvieille, est aussi inaugurée.

Modèles Gilda (via Carabelli 3) et IRIS (Via Angelo Maj 18)
117. Modèle Gilda (à gauche) et modèle Iris (à droite) produits respectivement par Gaggia et la VE.MA.CC.
Publicité Gilda (Gaggia) et IRIS (VE.MA.CC.)
118. Publicités pour la Gilda et l’Iris (Gazzetta del Sud, 7 décembre 1952 et 28 mai 1953).
Personnage mystère - Gilda 54
119. Personnage mystère manipulant le nouveau modèle Gilda de 1954 (il s’agit certainement du même personnage que sur la photo 38).

En 1954, Gaggia sort une nouvelle version de la Gilda, complètement revisitée. Il est d’ailleurs surprenant qu’il ait gardé le même nom tant la machine est différente dans son esthétique et dans son fonctionnement. C’est une cuve ouverte avec un ressort pour le piston, actionné à l’aide de deux bras de levier. Les formes sont très arrondies, le corps est en métal poli et les poignées sont lisses, de couleurs noires, marrons ou blanches. En position de repos, les bras sont relevés, donnant à la machine un air de robot triomphant. Mais, pour la ranger, ils peuvent aussi être repliés en dévissant un cran d’arrêt, ce qui change l’attitude du robot en boxeur campé fermement sur ses jambes, prêt à en découdre. Je ne vous dirai pas à quoi me fait penser le porte-filtre, souvent en place sur les photos… mais disons que le tout a un air assez viril. La machine a beau être présentée par une miss, on est loin de la féminité de la première Gilda et de la pin-up qui lui avait inspiré son nom.

Gilda 54 et affiche film 1946
120. La Gilda’54 à côté de l’affiche du film Gilda de 1946.
Miss présentant la Gilda 54
121. Présentation de la nouvelle Gilda par une Miss Italienne.
Publicité Gilda 54 (VE.MA.CC.)
122. Publicité pour la Gilda’54, vendue par la VE.MA.CC.
Publicité Gilda 54
123. Publicité de 1954 pour la nouvelle Gilda où apparait son prix de vente : 23,000 Lires.
Publicité Gilda 58 (Gaggia Espanola)
124. Publicité espagnole pour la Gilda’58, La Vanguardia du 23 décembre 1958.

Il ne semble exister aucun brevet pour cette machine, ni pour invention ni pour dessin et modèle. Elle utilise pourtant un mécanisme sensiblement nouveau par rapport à ce qui se faisait jusque-là. Possible que Gaggia ait plus ou moins cessé de croire dans les brevets, voyant qu’il finissait par se faire copier de toute façon, ou que ce brevet existe seulement en Italie. La compagnie a un historique relativement limité en nombre de brevets, notamment par rapport à Valente qui en dépose une quantité phénoménale. La nouvelle Gilda, la Gilda’54, est offerte à un prix un peu plus bas que la première version : 23,000 Lires à sa sortie. La Gilda 54, devient la Gilda 55, 56, … et ainsi de suite jusqu’à la fin des années 50 sans trop de changement à la machine elle-même. Elle sera vendue au moins jusqu’en 1960 où on la retrouve dans un catalogue, vendue 24,000 Lires.²²

Seule la concurrence s’ajuste : Valente pense à un nouveau modèle et dépose un brevet en Italie le 5 juillet 1955 pour une Faemina revisitée, elle aussi aux formes plus arrondies. Il n’existe aucun exemplaire connu de cette machine qui a pourtant été fabriquée, au moins sous forme de prototype, car une photo d’un exemplaire existe, prise sur une ligne de production de la Faemina.

Brevet Valente ES226092 (Faemina modifiée) - 1956
125.«Maquina para cafe de tipo familiar», brevet déposé en Espagne par Ernesto Valente le 10 janvier 1956 (numéro ES226092).
Prototype Faemina modifiée
126. Photo d’une ligne de production de la Faemina où apparaît en premier plan la version revisitée.

C’est possiblement devant le succès de la nouvelle Gilda qu’il a changé ses plans, attendant la machine qui allait vraiment pouvoir se démarquer et lui permettre d’occuper une nouvelle niche. C’est ce que lui offre sur un plateau Pietro Papetti en 1957, avec une petite machine d’une telle simplicité de conception qu’elle peut être offerte à seulement 5,000 lires. Pietro Papetti, de Bargamo, dépose son brevet en Italie le 28 novembre 1956 et un certificat d’addition le 17 janvier 1957. Il s’entend certainement avec FAEMA qui lui rachète ses droits fin 1957. Ainsi, les brevets déposés en France, Belgique et Autriche en novembre 1957 sont déposés au nom de FAEMA en le citant comme inventeur. Au même moment (le 21 novembre) l’entreprise de Valente dépose les marques «Baby Faemina» et «Chiquita Faemina». C’est finalement le nom «Baby», tout simplement, qui restera avec l’usage.

Publicité FAEMA Baby
127. Publicité pour la FAEMA baby où apparaît le prix de vente : 5,000 Lires.
Brevet Papetti FR1186666 - 1957
128. «Machine pour préparer le café-crème dans l’économie domestique», invention de Pietro Papetti déposé en France par FAEMA le 22 novembre 1957 (numéro FR1186666).
Marques Baby et Chiquita Faemina - 1957
129. Dépôt des marques baby Faemina et chiquita Faemina par FAEMA (numéros 134446 et 134447, le 21 novembre 1957).
Modèle Baby avec sa boîte d'origine
130. Une FAEMA Baby et sa boîte d’origine.
kiosque FAEMA Baby
131. Des hôtesses offrent sur un kiosque une crème de café préparée sur la FAEMA baby.
Annonce FAEMA Baby - 1958
132. Annonce dans la Gazzetta del Mezzogiorno – Cremona, 19 novembre 1958.

La promotion du dernier né (c’est le cas de le dire) bat son plein. Pour convaincre la clientèle des qualités et de la facilité d’utilisation de la machine, certains représentants de la marque offrent même le café à ceux qui viennent leur rendre visite. Au niveau de la conception, on peut dire qu’elle est le pendant de la Gilda’54, mais sans ressort (un scénario inverse de celui de la sortie de la Faemina après la Gilda). Elle possède elle aussi deux bras de levier, sur lesquels on pousse simultanément pour forcer sur le piston et produire la crème de café. La machine est très compacte et se range dans une petite boite, un cadeau parfait pour les fêtes.

Publicité couleur FAEMA Baby
133. Publicité en couleur et en français pour la FAEMA baby.
Publicité FAEMA Baby - instructions
134. Publicité FAEMA baby ventant la facilité d’utilisation de la petite machine.

Voilà pour les petits leviers… c’est le début d’une longue série qui se poursuit encore aujourd’hui. Dans la liste des brevets, la suivante et non la moindre est l’œuvre du Dottore Emidio Salati, de la Vetraria Ambrosiana Milano (V.A.M., 9 Corso Venezia à Milan). Il dépose le 23 avril 1956 (sous le numéro 553.125) le brevet italien de celle qui deviendra la Caravel Arrarex. À partir de 1956, il y a une myriade de petites machines produites. Pour s’en rendre compte, il suffit de visiter le site très bien documenté de Francesco Ceccarelli.²³

Achille Gaggia devant un bar (années 50)
135. Achille Gaggia (à gauche), devant un bar de Milan.

Achille Gaggia, quant à lui, s’apprête à passer la main de l’entreprise à son fils Camillo et son partenaire Migliorini. L’aventure n’est pas tout à fait terminée pour lui mais le plus gros du scénario a déjà été joué. Il aura son nom au générique, et même en haut de l’affiche, avec à son actif beaucoup de premières et de levés de rideaux. On pourra se repasser le film encore longtemps, y trouvant chaque fois quelque chose de nouveau.

À suivre…

 

_________________________________

¹⁷. Léon Tolstoï, Préface à la traduction russe des œuvres de Maupassant, 1894 (cité par Sylvain Tesson dans «Une très légère oscillation», Éditions des Équateurs, 2017). Guy de Maupassant disait lui-même, «Le talent provient de l’originalité, qui est une manière spéciale de penser, de voir, de comprendre et de juger.»
¹⁸. Voir sur le sujet de Home-Barista pour les détails du calcul.
¹⁹. Voir Episode 16
²⁰. Saturno, Nettuno, Marte, Mercurio, Venere et plus tard Urania… il ne manque que la «Giove» (Jupiter) à la série pour compléter le système solaire à part la Terre.
²¹. La machine, au mécanisme très particulier, était produite par celui qui a introduit la Microcimbali en Espagne.
²². Source: Francesco Ceccarelli. On trouve sur la même page une Baby à 5,000 Lires et une Microcimbali à 45,000 Lires.
²³. Dans la section «Dalla A alla Z» du site Francesco Ceccarelli sont recensés tous les petits leviers domestiques connus et moins connus.
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Publié par le 31 décembre 2017 dans Histoires et Histoire

 

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Ascenseur pour l’expresso (Episode 24)

Les précurseurs (4/5)

On a déjà parlé en détail de Bezzera et La Pavoni mais peu de La Cimbali, cette entreprise de Milan qui est aujourd’hui l’un des plus grands groupes de machines à café espresso du monde depuis son rachat de FAEMA en 1995. C’est le groupe ayant financé le MUMAC, ce grand musée étalage de machines à café anciennes.

Cimbali atelier via Caminadella 1912
53. Giuseppe Cimbali (au centre) devant ce qui était son premier atelier, vers 1912.

L’arrivée tambour et trompette de La Cimbali ²³

Son histoire est celle d’une ascension assez phénoménale. Giuseppe Cimbali, débute en 1912 à Milan comme étameur de cuivre et réparateur général («Giuseppe Cimbali – Ramiere idraulico – Riparazioni in genere»), une échoppe d’à peine 30 m² avec deux employés située au 6, via Caminadella. Il répare et entretient les toutes premières machines «a colonna». Les affaires vont plutôt bon train: en 1922, l’entreprise s’agrandit et déménage au 82, via Savona. Elle compte parmi ses clients la SITI (Società Italiana Tecnico Industriale), qui produit des machines à café et des saturateurs à eau de Seltz (de marque Eterna, étrangement, comme la marque des machines de Torriani). La SITI connaît des difficultés au début des années 30, et Cimbali reprend le flambeau. Il centre alors son activité non plus sur la réparation mais sur la production de machines à café. Le modèle Rapida, machine express à colonne aux formes épurées, est la première à sortir de ses ateliers. Il y fabrique aussi des appareils à eau de Seltz, des chauffe-eau, des fours, des électroménagers et des ustensiles pour la cuisine.

Rapida 1930
54. Un des tout premiers modèles de La Cimbali, la Rapida, 1930.

 

Marque Cimbali 1945
Annonce Cimbali 1945
55. Dépôt de marque de Giuseppe Cimbali, 1945 et publicité dans la Gazzetta del Mezzogiorno, 21 décembre 1945.

 

En 1945, est déposée la marque « OCG (Officine Cimbali Giuseppe, alors située au 14-16 via Antonio Lecchi) – La Cimbali », date à laquelle est construit un modèle assez révolutionnaire (et assez massif) : l’Albadoro. Machine à deux chaudières verticales, situées de chaque côté de la machine, avec les groupes alignés sur la façade avant et un chauffe-tasse au milieu (le premier du genre). Elle facilite grandement le travail du serveur et représente la première étape avant le renversement complet de la machine express à colonne (de la verticale à l’horizontale).²⁴

Modèle Albadoro 1945
56. Photo et publicité pour le modèle Albadoro, 1945.

 

Modèle Ala 1947-1948
57. Modèle Ala, possiblement le sujet du brevet pour dessin et modèle N. 36450 (intitulé simplement «Macchina per caffé espresso», déposé par Mario Cimbali et obtenu le 11/01/1947).²⁵

 

La plupart des brevets déposés par la marque sont des brevets pour dessin et modèles (pas moins de 19 entre 1947 et 1965). Les efforts sont mis sur le « design » des machines, qui inspire la modernité et évoque le luxe tout en facilitant grandement l’utilisation. Le modèle Ala, premier modèle à chaudière horizontale est construit autour de 1947-1948. Leur modèle de 1950, horizontal lui aussi, est appelé « Gioiello » (le joyau) et est présenté dans un écrin sur le stand de la foire de Milan. Le succès est au rendez-vous et la compagnie ne lésine pas sur sa promotion. À grand renfort de publicité Cimbali cherche même à s’approprier l’emblématique tasse de café italien, la rebaptisant « un cimbalino ».

Foire de Vienne, 1948-1949
58. Foire de Vienne, 1948-1949 : modèles à colonne (à gauche), Albadoro (deux colonnes et chauffe-tasse, à droite et au fond) et Ala (sur l’îlot central).

 

Foire de Milan de 1950
59. Foire de Milan de 1950, présentation du nouveau modèle « Gioiello ».

 

Publicité Cimbali 1951
60. Publicité La Cimbali de 1951.

 

Juste après-guerre il existe ainsi trois châssis de la marque (Ala, Albadoro, Gioiello), on les retrouve couplés, sous différentes combinaisons, à trois groupes distincts : un dans le style des machines à colonne (illustration 57, sur un modèle Ala), un classique avec un robinet à poignée directement sur le dessus du porte-filtre (illustrations 56 et 58 sur Albadoro) et un autre très particulier, avec une grosse protubérance à 45° d’angle avec le groupe (illustrations 61 et 62, sur Gioiello et Ala).

Modèle Gioiello, groupe de 1950
61. Modèle Gioiello sur le comptoir d’un bar, dans le reflet du miroir on distingue les groupes particuliers conçus en 1950.

 

Modèle Ala, groupe de 1950
Modèle Ala, groupe de 1950
Modèle Ala, groupe de 1950
62. Modèle Ala avec le groupe très particulier de La Cimbali, années 50. [photos de Ram A. Evgi, avec son autorisation]

Je me suis longtemps interrogé sur ce groupe peu commun, j’ai même pensé un moment qu’il contenait un piston actionné par la manivelle. J’ai posé la question au seul collectionneur que je connaisse qui possède cette machine, puis trouvé plus tard les dessins du groupe dans un catalogue d’exposition.²¹ Les deux abondaient dans le même sens : le groupe n’est en fait qu’un robinet à 3 positions plus ou moins classique. Le rôle de la protubérance est de garder une température constante durant les extractions. On peut aussi supposer qu’il permettait d’abaisser légèrement la température de l’eau arrivant sous pression de la chaudière. On le retrouve, dans une forme modifiée, sur un dessin de 1952 montrant une nouvelle carrosserie sur la thématique des bijoux : un châssis entourant la chaudière et incrusté de décorations rappelant des pierres précieuses.

Brevet Cimbali 1949
Brevet Cimbali 1950
63. «Gruppo per la preparazione di caffé espresso», 20/06/1949 et «Gruppo per macchine da caffé espresso atto a essere mantenuto sempre caldo, quando la caldaia é in pressione», 20/04/1950.²¹

 

Brevet Cimbali 1952
64. «Macchina per la preparazione del caffè in tazza con gemme decorative iridescenti», 18/06/1952.²¹

 

C’est cette audace en matière de design qui amènera La Cimbali à remporter le prestigieux «Compasso d’Oro» en 1962, pour une machine dessinée par les architectes Achille et Pier Giacomo Castiglioni : la Pitagora. Ses lignes pures, carrées, et l’emploi (pour la première fois) d’acier inoxydable associé à des panneaux peints de couleur vive font véritablement entrer les machines espresso dans l’ère moderne et consacrera La Cimbali comme l’un de ses grands acteurs.²⁶

Modèle Pitagora 1962
65. Modèle Pitagora de 1962.

Cimbali n’était pas un grand innovateur des méthodes d’extraction mais il avait un sens aigu de l’esthétique et de l’ergonomie des machines, c’est par ce biais qu’il les aura fait évoluer. Il est sans conteste celui qui a littéralement renversé sur les comptoirs les machines à colonnes. Il était loin de se douter que se préparait dans sa propre ville une révolution technologique qui allait légèrement bouleverser sa trajectoire toute tracée.

Ce sont ses fils qui feront face à ce nouveau défi. Dans les années 50, la barre est passée à Mario, Carlo et Vittorio Cimbali qui vont continuer l’activité de l’entreprise qui déménage à Binasco (au sud de Milan) dans les années 60. Devenue aujourd’hui Gruppo Cimbali S.p.A., elle est présidée par le petit-fils Maurizio et le siège est toujours situé à Binasco (17, Via Manzoni). Giuseppe Cimbali meurt d’un infarctus à l’âge de 86 ans le 12 décembre 1966, il y a donc tout juste 50 ans (à quelques jours près). Voilà qui aurait été une belle occasion pour le groupe (à travers le MUMAC, ouvert pour le 100e anniversaire des débuts de Cimbali) de revenir sur ce personnage plus grand que nature, fondateur d’un empire… si seulement le géant se souciait un tant soit peu de faits historiques.

Mort de Giuseppe Cimbali, 1966
66. Annonce de la mort de Giuseppe Cimbali dans le journal « La Stampa », 14 décembre 1966.

 

Rue Caminadella angle Correnti début XXe
67. Rue Caminadella à l’angle Correnti, début XXe. La flèche indique le lieu du premier atelier de Cimbali, un bâtiment détruit durant les bombardements de 1943 comme le palais qui lui faisait face.

Avant de quitter les machines express et parlant de faits historiques, je vous propose un petit retour rue Caminadella, lieu du premier atelier de Giuseppe Cimbali et de cette photo qui ouvre l’épisode. À l’instar de Richard Powers avec la photo d’August Sanders,²⁷ il y aurait un roman à écrire sur ce cliché. Il y a là quelque chose de fascinant, et pas seulement parce que j’ai passé beaucoup de temps à scruter le moindre détail à la loupe. On est en droit de penser que derrière toute photo, existe une mise en scène et un sens caché : le personnage assis sur la chaise (souvent sorti du cadre pour ne garder que le personnage central), l’air déterminé du fondateur tout juste âgé de 32 ans, le regard lointain, et surtout le choix des machines en arrière-plan.

On est peu après 1912, les constructeurs de machines express se comptent sur les doigts d’une main, et Giuseppe a certainement choisi scrupuleusement les machines qui allaient constituer le décor de son atelier. Des machines rutilantes,²⁸ des machines symboliques, destinées à être immortalisées comme lui par le photographe.

Pour celle du fond, bien qu’elle puisse être confondue avec une La Pavoni Ideale (et pour cause), la poignée verticale du groupe et les boulons sur le haut de la cuve, avec le manomètre en flèche et la base arrondie ne laissent aucun doute : c’est un des tout premiers modèle Bezzera, la Gigante, dont le brevet avait été déposé en 1901 (et dont il n’existe que deux autres photos, d’un modèle quasi identique, présentes dans le livre de Ian Bersten). Cette même machine que Pavoni a coproduite, si on peut dire, à des centaines d’exemplaires pour la diffuser à travers le monde, marquant ainsi le départ d’une nouvelle ère dans le monde du café. C’est déjà une belle surprise, mais qui continuera certainement de passer inaperçu, éclipsée par la deuxième.

Pour cette machine au premier plan, on ne peut que spéculer mais quelques petits détails laissent deviner une merveille : le haut de la bouilloire qui a tout d’une sortie de cheminée, le groupe assez volumineux qui descend plus bas que la base de la chaudière, elle-même surélevé sur un brûleur. Il y a aussi la forme des robinets, et particulièrement celui du groupe avec la poignée de bakélite, horizontale et en forme de goutte, ainsi que le système de fermeture sur le haut du groupe. Que dire de la courbure du tuyau à la sortie du groupe : on pourrait superposer parfaitement la photo au dessin d’un brevet… et pas n’importe lequel.

Les machines dans l'atelier Cimbali, 1912
68. Détail de la première photo où on distingue deux machines dans l’atelier de Cimbali, mises en comparaison avec deux dessins de brevets (Moriondo 1885 et Bezzera 1901).

 

Il subsistera toujours un doute, mais c’est certainement là ma plus belle découverte : le cliché de Giuseppe Cimbali contient la première (et certainement unique) photo d’une machine à café Moriondo, l’inventeur même du café express (dont le premier brevet date de 1884). Moriondo était toujours actif en 1912, il avait même déposé un nouveau brevet deux ans plus tôt (il meurt peu de temps après l’avoir prolongé et juste avant de fêter ses 63 ans, en 1914). Une machine Moriondo à Milan ? Cela renforcerait la thèse selon laquelle il aurait produit des machines en plus grand nombre que pour ses propres établissements, comme le montrait déjà ses brevets déposés en France et celui déposé à Barcelone par José Molinari.²⁹

Et puis, quoi de plus logique pour Giuseppe Cimbali, futur grand parmi les grands de l’espresso, que d’avoir choisi la compagnie des deux pères fondateurs du café express pour entrer à son tour dans la légende ? L’histoire est trop belle pour ne pas être vraie… et voilà qui boucle parfaitement la boucle des machines à café express.

À suivre…

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²¹ «Bellezza Arte Ristoro. Architettura, cibo e design nell’Italia del ‘900». Catalogue de l’exposition tenue à Rome du 22 décembre 2015 au 26 mars 2016, Archivio Centrale dello Stato.
²³ La Cimbali a publié un livre sur son entreprise («Grupo Cimbali» de Decio Giulio et Riccardo Carugati). À l’instar du MUMAC et des autres livres du groupe, il fait piètre figure en matière historique, et renferme à peu près autant d’informations et documents utiles que la chronologie de leur site internet, ce qui n’est pas peu dire.
²⁴ Ce design sera repris par le copieur par excellence, Rancilio, avec son modèle «Ideale» en 1948. La chronologie de Rancilio est présentée sur le site web du groupe.
²⁵ Photos de la collection Wolfsonian
²⁶ Voir le superbe travail de Stéphane [2carrés] sur l’influence du design sur les machines à café. Les frères Castiglioni ont aussi participé à une petite machine domestique de La Cimbali en 1960. Il est possible de visionner le flash d’information d’époque sur la remise du Compasso d’Oro sur youtube.
²⁷ Photo de 1914, trame de fond du magnifique roman de Richar Powers «Trois fermiers s’en vont au bal». Les amoureux de littérature trouveront aussi leur bonheur dans son autre grand roman «Le temps où nous chantions».
²⁸ Les machines sont tellement rutilantes que l’on peut voir sur l’un des dômes le reflet du Palazzo Visconti, qui faisait face à l’atelier de la rue Caminadella, détruit durant la guerre. Voir le blog Urban File pour une remontée dans le temps sur cette rue.
²⁹ L’histoire d’Angelo Moriondo est racontée dans l’épisode 9 et l’épisode 10. Le brevet de José Molinari est présenté dans l’épisode 11.

 

 
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Publié par le 23 décembre 2016 dans Histoires et Histoire

 

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