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Ascenseur pour l’expresso (Episode 31)

Le talent d’Achille (5/7)

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Voilà, tout a été dit… ou presque. La saga de l’expresso, saga de l’espresso, est une sorte de bégaiement de l’histoire, avec ses grandes figures et ses grands traits. Au Chapitre I, Luigi Bezzera, tenancier de bar, reprend l’idée d’Angelo Moriondo et s’associe à un homme d’affaire visionnaire (Desiderio Pavoni) pour la production et la commercialisation de la première machine à café Express distribuée dans le monde : l’Ideale. Au Chapitre II, Achille Gaggia, tenancier de bar, reprend l’idée d’Antonio Cremonese et s’associe à un homme d’affaire visionnaire (Ernesto Valente et son entreprise FAEMA) pour la production et la commercialisation de la première machine Espresso du monde : la Classica.

Stand Gaggia de le XXXe Fiera de Milan136. Stand Gaggia de le XXXe Fiera de Milan où sont présentés autour de la boite à sardine géante (l’esportazione) les nouveaux modèles Gilda et Pandora (sur les tables à droite), 1952.

Qu’en reste-t-il ? Les inventeurs d’origine ont bien été réhabilités, même si leurs noms ne sont connus que d’une poignée d’initiés et, fait extraordinaire, les noms des quatre autres protagonistes existent encore aujourd’hui sur le marché des machines espresso (même si le principal n’est que l’ombre de lui-même). Ils auront contribué à l’essor à travers le monde de cet art de vivre à l’italienne, des machines à levier aux machines à pompe (dernier bond technologique d’importance), en passant par les machines « hydrauliques » ou « toutes automatiques »… fruit d’un attrait envers l’efficacité et la « technologie », au détriment de la pérennité, un écueil vers lequel beaucoup se tournent encore de nos jours en bourrant leurs machines de gadgets électroniques et autres écrans tactiles.

Pandora d'Albert Lewin137. Affichettes et photo de plateau du film « Pandora » d’Albert Lewin sorti en 1951, mettant en vedette Ava Gardner et James Mason.

Oui, l’histoire est faite de fabuleuses réussites et de grands ratés, sans que l’on comprenne forcément ce qui différencie les unes des autres. Comme ce modèle Pandora, sorti en même temps que la Gilda et totalement éclipsé par elle. Deux modèles de machines individuelles, lancées par la marque en 1952 et que l’on peut effectivement distinguer sur une rare photo du stand de la XXXe Foire de Milan.

Mais il ne faut pas s’arrêter là. Avec Gaggia, c’est toujours beaucoup plus subtil, il faut fouiller les indices, chercher le bon angle de caméra.

La legge de Jules Dassin138. Scène du chef-d’œuvre de Jules Dassin, « La legge » sorti en 1959, où Matteo Brigante, le personnage incarné par Yves Montant, ouvre le rideau du bar où on aperçoit le dos d’une Gaggia Classica.

Après la Classica, dont le côté client évoquait les rideaux d’une salle de projection, Achille Gaggia nous aura donc refait le coup de la référence cinématographique. Gilda et Pandora sont en effet deux titres de films, respectivement de 1946 et de 1951, évoquant deux femmes fatales, actrices américaines de légende révélées précisément par ces films : Rita Hayworth et Ava Gardner. Pandora, le désormais « classique » du cinéma, n’aura pas eu la faveur du public lors de sa sortie, tout comme la machine éponyme de Gaggia. La Gilda mondialement connue et la Pandora oubliée à jamais… n’eut été de cette publicité dans la Gazzetta del Mezzogiorno, je ne l’aurais certainement pas remarquée non plus. Une machine encore inconnue qui refera peut-être surface un jour dans une collection, comme le bateau fantôme du Hollandais volant qui constitue la trame de l’œuvre d’Albert Lewin.

Dans ce film, Pandora est la femme pour qui tous les hommes se battent. Ses nombreux prétendants se respectent en façade mais se plantent des couteaux dans le dos une fois les talons de matador tournés. La machine espresso étant élevée au rang de femme fatale, Gaggia et Valente étaient-ils des rivaux? Plutôt des partenaires de raison, dans un monde où il y avait de la place pour deux. Tout comme Bezzerra et Pavoni dans les années 30, Achille Gaggia et Ernesto Valente, partenaires de la première heure dans la naissance et l’essor de l’espresso vont continuer leur route chacun de leur côté à partir des années 50 mais pas forcément avec la même approche. Et c’est certainement cette vision différente, ce désaccord de stratégie qui aura rompu leur association. C’est aussi et surtout, pour chacun, un besoin d’indépendance.

Ernesto Valente et Rik Van Looy139. Une des rares photos d’Ernesto Valente en compagnie du champion cycliste Rik Van Looy après son record de 1958.
Eddy Mercxx140. Rik Van Looy avait été le leader de l’équipe cycliste FAEMA qui a existé de 1955 à 1962. Eddy Mercxx sera le champion incontesté de l’équipe Faemino-FAEMA qui a roulé de 1968 à 1970.
Camion publicitaire FAEMA141. Camion publicitaire de la société FAEMA lors du Giro d’Italia. La marque sera omniprésente sur les tours d’Italie et d’Espagne ainsi que les classiques Belges et Françaises où son équipe enchaînera les victoires.

C’est que les deux hommes n’ont pas la même ambition. Valente est un pédaleur qui va chercher à battre tous les records en affichant son nom en haut des tableaux, à l’image de son équipe cycliste. En plus de publicitaires, il va s’entourer d’ingénieurs et déposer des dizaines de brevets, essayant constamment d’améliorer ou de surpasser les prouesses techniques de sa machine… Peut-être avait-il, sur le plan technique, quelque chose à prouver à Gaggia? La séparation arrive aussi alors qu’à la fin de 1952, la production de machines FAEMA rejoint puis dépasse celle de Gaggia : plus de 8000 machines de bar vendues pour chaque marque, et un avenir assuré. Cette séparation était somme toute assez naturelle.

Achille Gggia avec un coureur automobile142. Achille Gggia en compagnie d’un coureur automobile qui lui présente vraisemblablement une jeune recrue (le pilote à lunette sur le front ressemble à Giovanni Bracco, l’homme portant une chemise du «Circolo Lavoratori» d’Alfa-Roméo à qui Achille Ggagia serre la main m’est inconnu).
Pub Gaggia aux Mille Miglia
Pub Gaggia aux Mille Miglia143. Affiches publicitaires de Gaggia, bien en vue sur le podium de présentation des équipages et sur la ligne d’arrivée, lors de la toute dernière course automobile des « Mille Miglia » de l’histoire, en 1957. Ce sont deux Ferrari 315 S (Pierro Tartuffi suivi de près par Wolfgang von Trips) sur qui franchiront la ligne aux premières places.

Pour revenir au film, Pandora est aussi le nom de la voiture de course qui, lancée dans la mer par preuve d’amour du haut d’une falaise, sera repêchée, reconditionnée et vivra une seconde vie en battant un record de vitesse… pour finir en flammes. C’est peut-être ça aussi qui a plu à Gaggia dans l’histoire: une merveille de mécanique qui aurait pu sombrer mais qui rentre finalement dans la légende.

On voit facilement Gaggia en pilote de course pour lequel la solidité de la mécanique, la réputation de la marque et le design ont autant d’importance que le résultat à l’arrivée. Plus posé et plus sûr de sa technologie, il misera en effet beaucoup plus sur ses acquis. Ainsi, Tout au long des années 50, et de Londres à Sydney, Gaggia ne jouera quasiment que sur son nom et son style pour continuer à s’imposer, surfant sur le vent de renouveau et le miracle économique que le camp des vainqueurs fera souffler après-guerre. Son talon d’Achille, il le sait, réside dans sa force de frappe commerciale et la production de masse… raison pour laquelle il s’était associé à Valente. Un domaine que Gaggia va devoir apprivoiser.

Ateliers de Gaggia144. Emplacement des premiers ateliers de Gaggia aménagés vers 1951 (à gauche, au 3 via Rodolfo Carabelli) et ceux du 9 Via Cadolini aménagés vers 1955 (tout le pâté de maison à droite). Il ne reste aujourd’hui aucune trace des deux ateliers.

Pour cela, il va aménager une nouvelle usine au 9 via Cadolini, juste au sud du quartier milanais de son enfance. Située à deux pas de la première manufacture Gaggia des Classica (3 via Rodolfo Carabelli),²⁴ sa dimension n’a aucune commune mesure avec la première. Il y a dans la surface des nouveaux batiments de quoi décupler sa production. Achille habite alors à quelques kilomètres de là dans une spacieuse résidence (au 2 Via Vitali) avec sa femme Luigia. Y vivent aussi leur fils Camillo, qui travaille aux projets de son père, leur belle-fille et leur petit-fils Giampierro. Achille Gaggia partage alors la tête de l’entreprise avec l’ingénieur Armando Migliorini. Capsoni, un autre ingénieur, s’occupe de la recherche et du développement.

Brevet IT 476178 et FR1071540145. Brevet Italien numéro 476178 intitulé « Robinetto per macchina da caffè espresso » (à gauche) déposé le 25 mai 1951 et brevet FR1071540 intitulé « Robinet pour appareil à préparer le café express » (à droite) déposé le 27 février 1953.

Peu de développements cependant dans la production des usines Gaggia, le travail est surtout axé sur la transition vers un mode de production autonome. Les modèles fabriqués sont toujours les ‘Classica’, qui ont fait la réputation de la marque depuis 1947-48, les ‘Esportazione’ sorties en 1951 et les modèles ‘Spagna’ de 1952-53. Les seuls changements techniques sont de petites améliorations dans la mécanique du groupe : un cran de sûreté pour maintenir le levier en position basse (Brevet Italien 476178 de 1951), l’ajout d’une valve anti-retour sur l’admission d’eau vers le groupe ainsi qu’une partie basse mobile sur le piston (brevet FR1071540 de 1953) qui améliorait l’arrivée d’eau et permettait certainement de relâcher les contraintes de fabrication sur l’alignement des pièces mobiles.

Brevet moulin Gaggia ES-0207349146. Brevet d’introduction numéro ES-0207349, intitulé « Molinillo Dosificator para café » déposé par Gaggia Española le 16 janvier 1953.
Moulin Casadio et Gaggia 1950s147a. Moulin Casadio (photos du haut) avec trémie en verre, corps chromé et doseur assorti avec les modèles Classica de Gaggia et correspondant au brevet présenté plus haut. En bas, moulin Gaggia produit dans les mêmes années et qui semble plutôt assorti aux modèles Esportazione (collection privée d’Anthony, avec son autorisation).
Dépôt de marque commerciale par Gaggia 1957147b. Dépôt de marque commerciale par Gaggia le 24 septembre 1957 (sous le numéro 139808), qui reprend le logo historique de la marque mais en remplaçant la cafetière orientale par un moulin électrique avec doseur.

Pour trouver d’autres inventions, il est plus simple d’aller fouiller du côté des brevets espagnols. L’équipe de Gaggia Española, bien qu’elle ait bénéficié d’une certaine indépendance vis-à-vis de la maison mère Milanaise, n’était pas beaucoup plus prolifique mais elle relayait simplement tous les brevets d’invention ou d’introduction de Gaggia en Espagne. Et comme les documents espagnols sont faciles d’accès (soit à l’opposé de la conception italienne des archives)… c’est une source fiable. On peut y trouver, par exemple, un modèle de moulin avec doseur déposé en 1953 (brevet d’introduction espagnol ES-0207349) assorti avec la ligne Classica. Il semble ainsi que Gaggia Española avait une entente avec l’entreprise Casadio,²⁵ crée en 1950 à Bologne par Nello Casadio, pour les moulins accompagnant leurs machines. En tout cas, jusqu’à ce que Gaggia ne sorte des moulins très similaires sous sa propre marque. L’entreprise adopte en effet un nouveau logo en 1957 qui inclut un moulin électrique avec doseur, affichant son ambition de fournir ses machines espresso accompagnées de moulins « Gaggia ». Dans les archives espagnoles, on trouve aussi d’autres brevets un peu plus originaux comme celui d’une machine à air comprimé poussé par une pompe (ES-0208782 de 1953) ou un porte-filtre de type « Hôtel » (ES-0050484 et ES-0224427 de 1955), ainsi qu’un groupe hydraulique (ES-0210523 et ES-0234041 de 1953 et 1957) et une machine avec échangeur de chaleur et pompe à eau (ES-0262870 de 1960). Nous reviendrons plus tard sur ces évolutions.

Brevet porte-filtre géant ES-0050484148. Brevet d’introduction numéro ES-0050484 intitulé «Portafiltro de gran capacidad aplicable a los groupos normales de las cafeteras exprès » déposé par Gaggia Española le 7 octobre 1955.²⁶

Pour Gaggia, les seuls changements notables au cours des années 50 ne sont donc pas techniques mais esthétiques, avec l’arrivée de deux nouveaux modèles. Le premier sort en 1954, et est présenté dans un brevet pour dessin et modèle signé Camillo Gaggia (le fils d’Achille) et Armando Migliorini. Déposé à la fois en Italie (sous le numéro 49815) et aux États-Unis (sous le numéro 176,912), il s’agit du célèbre modèle «Internazionale», dont la ligne est reconnaissable entre toutes, avec sa partie arrière élancée et conique, toute chromée, rappelant l’avant ou l’arrière des belles italiennes (on parle de voitures de course, bien entendu). Pour le modèle simple groupe, l’arrière est carrément (si l’on peut dire) conique, voire iconique… tant ce modèle reste encore un des modèles les plus recherchés par les collectionneurs de la production Gaggia, avec la mythique Classica.

Brevet IT49815 Esportazione149. Brevet pour modèle italien numéro 49815 intitulé « Macchina per caffè espresso avente il frontale a forma rettangolare coi lati minori ad arco dal quale frontale si diparte il corpo dii rivestimento che si allarga verso la parte posteriore, detto corpo essendo provvisto di nervature aerodinamiche ed il tutto poggiante su due sostegni cuneiformi », déposé le 11 mars 1954.
Brevet US176,912 Esportazione150. Brevet pour modèle US numéro 176,912 intitulé « Combination coffee maker and dispenser », déposé le 16 août 1954.
Pub Spagna et Internazionale151. Publicité pour la gamme de machine à espresso Gaggia vers 1955 : on y voit les modèles Spagna et Internazionale, ainsi que le nouveau groupe Hôtel.
Écurie Ferrari de 1953152. Écurie Formule 1 de Ferrari de 1953, les modèles sont des « Tipo 500 ».

La forme « aérodynamique » de la machine simple groupe, rappelant le nez des Formule 1 de l’époque était permise par un changement d’orientation de la chaudière : alors que tous les modèles Gaggia présentaient jusque là une position de chaudière verticale (pour les simple groupe) ou verticale mais parallèle à la façade (pour les multi-groupes), l’Internazionale mono-groupe a sa chaudière horizontale et orientée perpendiculairement à la façade. Sa bride et ses quatre pattes de fixation sont du côté bombé de la chaudière, pour faciliter la maintenance de la cuve du côté de la bride.

Cuve Internazionale153. Fiche technique d’une cuve pour Gaggia Internazionale simple groupe. Les numéros de matricule et de numéro de chaudière laissent penser que chaque machine avait sa propre fiche d’identification.
Internazionale Simple groupe154. Modèle Gaggia Internazionale simple groupe (collection privée de Daniel Di Paolo, Melbourne, avec son autorisation).

Avec ce modèle, Gaggia rompt franchement avec ses lignes habituelles jusque-là très verticales et réussit de nouveau un coup de maitre. En effet, à part peut-être le très rare modèle de la firme milanaise « American Espress » produit en quelques exemplaires à la même période, nulle autre machine ne ressemble à l’Internazionale. Je soupçonne Camillo, avec son passé anti-fasciste,²⁸ d’être à l’origine de ce nom particulier : le plaisir de voir l’Internationale chantée ainsi à travers le monde, y compris dans l’Espagne franquiste n’était certainement pas pour lui déplaire.

American Espress 1953155. Modèle American Espress simple groupe de décembre 1953 (collection privée de Russell Kerr, aka Doctor Espresso – Londres, avec son autorisation).

En effet, la production est lancée en Italie mais aussi en Espagne, où l’on trouve les ateliers modernes d’Esteban Sala Soler, patron de Gaggia Española. C’est à ce personnage que l’on doit l’implantation de Gaggia au cœur de l’Espagne Franquiste grâce, là encore, à une belle brune qui se cache malgré elle dans les détails de cette histoire. C’est bel et bien accusé d’avoir ébruité la relation du gouverneur Eduardo Baeza Alegría avec l’actrice et chanteuse Carmen de Lirio, que Sala Soler a été prié de s’exiler pendant huit mois à Milan au début des années 50, le temps que la crise politique se calme… d’où il a ramené une Classica dans ses valises.²⁷

Sala Soler, de Lirio et Baeza156. Esteve Sala Soler, Carmen de Lirio et Eduardo Baeza, protagonistes de l’introduction de l’espresso en Espagne dès 1951.
Pub Espagnole Internazionale 1954157. Publicité pour le nouveau modèle de Gaggia, fabriqué en Espagne dans La Vanguardia du 30 novembre 1954 (p.32). On peut y distinguer des photos de l’atelier de fabrication espagnol avec des modèles Spagna et Internazionale en préparation.
Pub Espagnole Internazionale 1954158. Publicité pour le nouveau modèle de Gaggia dans La Vanguardia, 4 aout 1954 (p.22).

Ayant les faveurs du pouvoir, Sala Soler va obtenir licence pour produire tous les modèles Gaggia en Espagne et sa nouvelle industrie est florissante. En 1955, il est ainsi possible d’acheter la Classica dans toutes les tailles aussi bien que la toute dernière Internazionale. Les ateliers de Gaggia Española produiront des Gaggia à partir de 1952 et jusqu’en 1967, date à laquelle la branche espagnole se sépare de la maison mère italienne pour devenir Visacrem. Entre temps, Esteban Sala Soler et son gendre et associé Carlos de Villalonga Taltavull avait créé en 1957 la marque Italcrem dont la production était aussi à San Adrián del Besós (et dont les premiers modèles ressemblaient fortement aux Conti).²⁹

Ateliers Gaggia Espanola 1954159. Atelier de montage de Gaggia Española en 1954. On peut voir sur les établis des modèles Spagna et Internazionale. L’atelier se situait à San Adrián del Besós, à proximité de Barcelone sur le bord de la mer.
Pub Gaggia Espanola 1955 et 1956160. Publicités pour Gaggia dans le Diario de Burgos du 1e mars 1955 (Número 19873) et l’ABC Sevilla du 24 février 1956 (p. 4).

Dans son sillage, cette nouvelle industrie des machines espresso, entraine une myriade de petits ateliers de plaquage de chrome, de revente et de réparation. C’est dans un de ces ateliers que commence Jesús Ascaso à Barcelone, avant de travailler chez Gaggia et de fonder sa propre compagnie que son fils reprendra plus tard. Ascaso est aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de pièces pour machines à café dans le monde.³⁰

Atelier réparation 1957161. Atelier de réparation de machines à café expresso en 1957. Sur l’établi, une Internazionale 3 groupes.
Jesús Ascaso au chromage162. Jesús Ascaso dans un petit atelier de chromage à Barcelone qui préparait des groupes pour Gaggia Española.
Jesús Ascaso & Co163. Jesús Ascaso (à droite) en arrière d’une Gaggia Internazionale six groupes avec ses acolytes, 1952. Ils seront à l’origine de la compagnie de moulin « Compak Grinders».
Jesús Ascaso164. Jesús Ascaso, en charentaises, à côté d’une Gaggia Internazionale quatre groupes.

La percée de Gaggia en Espagne n’était qu’un début pour l’entreprise. Ses bases solidifiées et la confiance trouvée, c’est le monde entier que l’inventeur de la «crema di caffè» va conquérir et même dans des pays assez inattendu, en particulier celui qui pour des raisons historiques et géopolitiques avait toujours préféré au café une infusion, jusqu’à en faire son symbole national. C’était bien là aussi l’ambition qu’annonçait le nom «Internazionale»… mais ça prenait un Achille Gaggia, et le concours d’une femme fatale pour réussir ce tour de force.

À suivre…

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²⁴. Voir photos 31 et 40 de l’Épisode 28.
²⁵. Merci à Anthony de m’avoir mis sur la piste de ce moulin Casadio tout de suite après la première publication de l’épisode.
²⁶. Déposé aussi en Italie sous le numéro 53184 et intitulé « Porto filtro a larga sezione, applicable ai normali attachi delle macchine da caffè », reçu le 21 mars 1955.
²⁷. Voir Épisode 27.
²⁸. Anecdote racontée par Lluís Permanyer dans La Vanguardia du 12 de juillet 1987 (p. 24-25). Voir aussi l’Épisode 29.
²⁹. FAEMA n’arrivera en Espagne qu’à partir de 1956 et construira également une usine de production à Barcelone dans les années 60. La branche espagnole de FAEMA va aussi se séparer de la maison mère italienne en 1978 pour devenir Futurmat. En 2001, les trois marques (Visacrem, Futurmat et Italcrem) seront rachetées par Quality Espresso qui reprendra la production dans l’ancienne usine FAEMA.
³⁰. Voir l’histoire d’Ascaso sur le site de la compagnie.
 
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Publié par le 17 mai 2020 dans Histoires et Histoire

 

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