RSS

Archives de Tag: senza vapore

Ascenseur pour l’expresso (Episode 28)

Le talent d’Achille (2/6)

La longue guerre et l’attente de Gaggia sont sur le point de se terminer. Au printemps 1944, alors que Manlio Marzetti est nommé adjoint au maire de Milan, les alliés libèrent Rome. Les combats continuent plus au Nord et la répression des partisans est sans pitié. Il faudra encore près d’un an pour que les villes de Milan et Turin soient libérées à leurs tours. Le 27 avril 1945, c’est enfin le dénouement: Mussolini qui tente de fuir vers la Suisse dans une colonne allemande est arrêté et exécuté.⁵

 

Libération de Milan 1945
16. Annonce de la libération de Milan et Turin à la une du journal l’Unità, 27 avril 1945.

 

Dans cette Europe débarrassée de l’extrême droite et contrôlée par les forces victorieuses, majoritairement de gauche, une toute nouvelle ère commence. Suite à la nationalisation des grands groupes industriels ayant profité de la guerre et au harnachement de la finance, de grandes réformes sociales sont mises en place. De cette expérience inédite vont naître les trente glorieuses, une période de prospérité sans précédent qui touche des pays pourtant dévastés et ruinés par la guerre.

Milan en est un exemple frappant : la ville qui avait été pilonnée de milliers de bombes va littéralement renaître de ses cendres et devenir en peu de temps un des symboles du « miracle italien ». La hausse du niveau de vie s’accompagne d’une transition vers une société de consommation où la « Dolce Vita » prend une part de plus en plus importante. C’est dans ce contexte très particulier que va naître l’espresso, un des symboles de ce renouveau à l’italienne.

Jeep Willys libération de Rome
17. Libération de Rome par les Alliés le 4 juin 1944.

À la libération, ce sont des Jeep Willys qui rentrent dans les villes italiennes tout juste derrière les partisans. On raconte qu’Achille Gaggia aurait monté son premier prototype de piston à ressort grâce aux pièces d’un de ces véhicules, symboles de l’armée américaine.⁶ Il y a bien des pistons sur ces engins, mais pas vraiment de ressorts. Or, c’est bien là que réside l’idée de génie de Gaggia et, de fait, son invention n’a que peu à voir avec l’Amérique, dont les soldats trouvent le café italien trop fort et lui préfèrent les « luongo ». La nouvelle invention de Gaggia est simplement la continuation directe de ses travaux d’avant-guerre. Cette guerre qui a plutôt été un frein et un facteur de stress important pour Gaggia. Avec le retour d’exil du fils Camillo, l’antifasciste, on imagine la famille de nouveau réunie et l’activité de l’entreprise reprendre tranquillement au sein du petit atelier de la rue Pietro Calvi. La production de groupes à vis « Lampo » se poursuit pour un temps, dans une version en laiton et amiante…⁷ jusqu’à la fameuse épiphanie du printemps 1947, il y a tout juste 70 ans.

Atelier Gaggia rue Pietro Calvi
18. Vue de la Piazza Risorgimento vers 1950. L’adresse où se trouvait l’atelier de Gaggia (2, rue Pietro Calvi) est indiquée par la flèche.
Camillo Gaggia vers 1950
19. Photo de Camillo Gaggia, certainement prise dans les bureaux de l’entreprise familiale qu’il rejoint en 1948 et où il travaillera jusqu’en 1989. (Cette photo est souvent présentée à tort comme étant une photo d’Achille, notamment sur le site de Gaggia).³

Crema caffè di caffè naturale

En juin et août 1947, Achille Gaggia dépose coup sur coup deux brevets qui sont les fondations de son futur succès : un brevet pour une nouvelle chaudière et le brevet pour son célèbre piston à ressort. Pour la chaudière, la chose est un peu anecdotique, sauf qu’elle préfigure la forme qu’auront ses premières machines (les «Classica»), ce choix d’une forme haute et horizontale. Elle montre aussi le désir de présenter une machine complète et plus seulement un groupe qui se monte sur les chaudières existantes, comme les «Lampo». On trouve dans le brevet une conception particulière à deux étages séparant eau chaude et vapeur, dans des versions verticales et horizontales. C’est surtout cette dernière qui sera finalement retenue pour les machines de deux groupes et plus.

La véritable bombe est plutôt contenue dans le deuxième brevet : le nouveau groupe piston à ressort. En inspectant le dessin, on retrouve clairement la filiation avec le premier groupe à vis de Gaggia (1938, épisode 27), lui-même directement issu de l’invention de Cremonese (1936, épisode 26). Ce qui est surprenant, c’est qu’en cet été de 1947, le groupe possédait déjà sa forme caractéristique, reconnaissable entre toutes, avec la partie supérieure vissée à l’aide d’un énorme écrou, sa calotte arrondie et le levier placé sur le côté, avec la poignée de bakélite noire constituée de quatre boules de diamètre croissant. Un casse-tête assemblé de près de 100 pièces, qui fait encore la fierté de ses heureux propriétaires, comme on peut le voir sur la magnifique photo de Paul Pratt.

Brevet Gaggia IT 432148 - 20 juin 1947
20. Brevet Gaggia numéro IT 432148, intitulé «Caldaia per macchine da caffé espresso», déposé le 20 juin 1947.
 Brevet Gaggia IT 432321 - 8 aout 1947
21 Brevet Gaggia numéro IT 432321, intitulé «Robinetto per macchine da caffé espresso», déposé le 8 août 1947.
Groupe Gaggia en pièces détachées
22. Photo d’un groupe Gaggia en pièces détachées [Photo de Paul Pratt].⁸
Cuve Gaggia
23. Photo d’une chaudière Gaggia, telle que celle décrite dans le brevet.[Photo de Doctor Espresso]
Brevet Gaggia DE938804C - 1950
24. Brevet Gaggia déposé en Allemagne le 31 mars 1950 (numéro DE938804C).

Comme dans le cas du modèle à vis, l’eau arrive de la chaudière lorsque le piston est en position haute (levier baissé et piston entraîné par la rotation d’un engrenage sur une crémaillère), mais plus besoin de forcer pour le retour : c’est le ressort comprimé qui applique la force nécessaire au passage de l’eau à travers la mouture. Le café n’est plus âcre, car il n’y a plus de vapeur et, conséquence miraculeuse de ce nouveau système, dans des conditions particulières de pression et de température, une « crème naturelle » se forme et coiffe le café. Il se trouve que ces conditions sont aussi celles où le café exprime au mieux ses arômes, le Graal de tout barista qui se respecte. Sûr de son coup cette fois-ci, le brevet est déposé dans la quasi-totalité des pays européens environnants (numéros CH262232A, FR986124A, BE489053A, AT179620B, DE938804C déposés entre 1947 et 1950) et Achille Gaggia inscrit fièrement sur la devanture de son bar « caffè crema di caffè naturale funziona senza vapore ».

Il a certainement fallu de nombreux essais pour en arriver au prototype final, ne serait-ce que pour régler la finesse de la mouture et la force du ressort. Y a-t-il eu d’autres prototypes avant cette version définitive qui a traversé les âges?

On est en droit de le penser si l’on se fie à une publicité publiée dans les journaux de 1951 (La provincia, Cremona, 31 octobre 1951 et La Stampa, 28 décembre 1951) on découvre en effet une sorte de chaînon manquant entre le groupe à vis de 1938 et le groupe à ressort de 1947. La publicité, qui présente une histoire du café façon Gaggia, commence avec l’éternelle (et fausse) légende de Kaldi, puis arrive à la révolution dans le monde du café évoquant le fait qu’« Achille Gaggia a été le premier à avoir l’idée de mécaniser la cafetière Napolitaine [sic], et en 1938 naît le premier groupe de filtration fonctionnant sans vapeur ».

L’image serait donc censée illustrer ce premier groupe à vis, sauf que c’est une sorte d’hybride entre le modèle à vis et le modèle à ressort, avec une poignée courbée au lieu du levier droit. Peut-être n’était-ce là qu’un dessin sorti de l’imagination d’un publicitaire. L’encart reprend en tout cas le parallèle entre la cafetière Napolitaine et le groupe de Gaggia, comme sur le célèbre logo déposé en 1949 (celui qui apparaît encore aujourd’hui sur les modèles « Classic »). Il manque simplement les dates « 1848-1948 », souvent présentes, qui ne semblent pas être un clin d’œil à l’histoire des machines à café, comme on le lit parfois, mais plutôt à l’histoire tout court.

Logos Gaggia 1949 et publicité 1951
25. Dépôts de marques 95632 et 95633 de 1949 (papier ocre) et dessins (groupe et signature) issus d’une publicité de 1951.
Logos Gaggia avant et après 1950
26. Logo apparaissant sur les machines Gaggia (à gauche avant 1950, à droite après).

En effet, 1848 ne correspond à aucune date particulière relative au café… si ce n’est précéder de 100 ans la sortie du groupe à ressort de Gaggia. La cafetière Napolitaine est selon toute vraisemblance une création française de Morize en 1819 (donc plus tôt), celle de Rabaut, ancêtre de la Moka, est de 1822 (antérieure aussi) et la cafetière hydrostatique géante de Loysel de la Lantais date, quant à elle, de 1853 (donc plus tard). À priori, il faut plutôt chercher du côté de l’histoire de l’Italie, et plus précisément celle de Milan : 1848 est l’année du printemps des peuples et des cinq journées de Milan, ces évènements qui annonce la première guerre d’indépendance de l’Italie. Le message publicitaire serait donc le suivant : le nouveau groupe de Gaggia est une véritable révolution, au moins aussi importante que la révolution de 1848. Avec le recul, caféologues que nous sommes, on ne peut pas vraiment lui donner tort.

Machine Gaggia collection Fumagalli
27. La machine à café Gaggia de la collection Fumagalli attribuée à Gaggia, 1948.

L’autre piste bien plus intrigante, est cette machine de la collection Fumagalli datée de 1948 dont le châssis rappelle grandement celui de la Classica, mais avec un mécanisme très similaire, semble-t-il, à celui de la Gilda (dont les deux modèles à un et deux bras ne sortiront respectivement qu’en 1952 et 1954). C’était peut-être là un balbutiement avant l’éclair de génie. Il est plaisant de se dire qu’il y a eu jaillissements d’idées dans ces années d’après-guerre, certaines expérimentées tout de suite avec un succès retentissant et d’autres plus ou moins achevées, gardées dans les cartons pour plus tard.

 

En route pour la gloire

Gare Centrale de Milan 1931
28. Vue de la Gare Centrale de Milan en 1931, quartier Abbadesse.

Contrairement à sa première invention, l’ambition de Gaggia est clairement de se séparer des machines à colonne et de proposer une machine complète, à l’instar des Cimbali, Pavoni et Arduino de ce monde. Achille, qui travaille à son nouveau prototype, se rend bien compte que ce n’est pas avec son petit atelier et ses connaissances certainement limitées en mécanique qu’il pourra parachever un modèle complet, et surtout le produire en grand nombre. Pour cela il lui faut une personne capable de l’aider… une personne d’expérience, propriétaire d’un atelier mécanique de préférence. On peut dire que cette année 1947 a été bien particulière et le succès retentissant provient aussi d’un autre évènement : c’est en cette même année, que Gaggia croise le chemin de Valente.

Ernesto Valente et Antonio Segni vers 1960
29. Poignée de main entre Ernesto Valente (à gauche) et le président Antonio Segni (à droite), datant vraisemblablement du début des années 60. C’est une des rares photos connues de Valente.
Quartier de la Gare Centrale de Milan 1951
Quartier de la Gare Centrale de Milan 1950
30. Vue du quartier de la Gare Centrale datant de 1950 et 1951. L’adresse où se trouvait le premier atelier FAEMA (2, via Progresso), et où furent assemblées les premières Classica, est indiquée par une flèche rouge. Avec un peu d’imagination, on peut retrouver les formes de la Classica dans ce l’architecture de la Gare.

Originaire du quartier d’Abbadesse, voisin de la Gare Centrale et pas très loin de celui de Porta Vittoria où habitait Gaggia, Carlo Ernesto Valente, né en 1913, avait quitté l’école à 12 ans, perdu son père à 13 et déjà roulé pas mal sa bosse dans différentes activités avant 1947 (relieur, fabricant d’instruments de musique, lui-même joueur de trombone, il sera père de 7 enfants). À 18 ans, alors qu’il travaille pour une compagnie de fournitures pour hôtels, il perd trois doigts de la main droite dans un accident de travail sur une scie circulaire, ce qui ne l’empêche pas de continuer sur sa lancée. Possédant déjà l’âme d’un entrepreneur, il investit l’argent des assurances dans une entreprise et en 1945, avec deux partenaires (Cantini et Peralla), il fonde la compagnie FAEMA («Fabbrica Articoli Elettromeccanici Meccanici Affini»), un atelier mécanique situé via del Progresso, près de la gare Centrale de Milan. L’entreprise est spécialisée dans la fabrication d’appareils électroménagers allant du réchaud électrique aux accessoires pour l’équipement des trains, en passant par des sèche-cheveux.

Publicité Gaggia Modèle Classica vers 1950
31. Publicité Gaggia pour la toute première machine espresso, modèle «Classica», datant de 1950.

Achille Gaggia qui vient certainement le voir avec son idée de machine à café à la recherche d’un partenaire, ou qui le reçoit dans son bar de via Premudale où il devait avoir un groupe de démonstration, trouve en lui quelqu’un qui le comprend. Non seulement il saisit le potentiel de son invention, mais il a ce qu’il faut pour donner jour au premier modèle et débuter une production en série. Il s’agit aussi de ne pas répéter l’erreur de Moriondo qui avait gardé son invention pour son propre bar : il faut la diffuser le plus possible pour conquérir les clients. Une première machine « made in FAEMA » voit le jour à la fin de 1947 et, pour démonstration, elle est installée dans un des cafés les plus en vue de Milan, le Donini de San Babila (dans un bâtiment complètement refait à neuf suite aux bombardements, qui est devenu par la suite le Ginrosa, un lieu emblématique qui existe encore aujourd’hui).

Bar Donini Piazza San Babila avant et après guerre
Etablissement Ginrosa Piazza San Babila
32. Photo du bar Donini (avant et après guerre), le lieu où a été installé la toute première Gaggia Classica.

C’est le tout début d’une grande aventure, et Giancarlo Fusco a déjà décrit ce moment historique mieux que personne:⁹ «Un matin de décembre 1947, dans un des bars les plus fréquentés de Milan, le Donini de San Babila, les consommateurs habituels de café et de cappuccino furent retardés de cinq minutes à cause d’une importante nouveauté. Sur le comptoir, à la place de la vieille machine soufflante et récalcitrante, se trouvait une toute nouvelle : et pas n’importe laquelle, une d’un modèle jamais vu auparavant. Au lieu d’avoir la forme verticale habituelle, celle d’une ogive, elle était horizontale; et alors, plus de sifflements de vapeur, plus de nuage de fumée et de sourds marmonnements. Le café coulait depuis les becs, silencieusement et lentement comme la première pluie, entraîné par une force obscure et mystérieuse. Le Barista, fier de l’attention suscitée, se limitait à abaisser un levier qui se relevait de lui-même…» (traduction libre).

Modèle Gaggia Classica 1 Groupe
33. Gaggia Classica 1 groupe.
Modèle Gaggia Classica 2 Groupes
34. Gaggia Classica 2 groupes. [Photo de CW Gebrauchtgeräete]
Brochure Gaggia Classica 1948
35. Brochure de Gaggia pour les modèles Classica, datant certainement de 1950.

… ecce la « crema di caffè ». Le succès va s’étendre rapidement et ce nouveau type de machine va ainsi trouver sa place sur les comptoirs de nombreux lieux populaires à travers la ville. Malgré les premières réticences, comme celles du patron du Caffè Taveggia qui accepte d’installer la machine à condition de la cacher derrière le comptoir,⁶ les machines fleurissent chez Biffi⁶ et Campari¹⁰ de la Galleria Vittorio Emanuele, chez Motta⁶ ⁷ et Alemagna,⁶ plus tard au fameux Club Astoria¹⁰ et dans de nombreuses villes d’Italie. Des machines de modèle « Classica» qui porte l’inscription «Officine Faema Brevetti Gaggia».

Liste cafés Gaggia Classica 1948
36. Liste des bars, cafés et restaurants où étaient installées des machines espresso Gaggia en 1948, avec des photos de certains de ces lieux (Taveggia, Alemagna, Biffi, Caffé Torino et Motta).

La nouvelle machine est aussi présentée à la foire de Milan de 1948. Si l’on se fie à l’une des rares photos de cet évènement, elle devait se trouver non loin du stand Fiorenzato et d’un autre fabricant de machines à café au style plutôt carré (non identifié). La machine de Valente et Gaggia, avec ses formes arrondies et sa tôle crénelée, et surtout ce levier inhabituel surmontant le groupe a dû attirer plus d’un regard, au moins curieux, et séduit des dizaines de visiteurs par le goût incomparable du café produit.

 

Affiche Foire de Milan 1948
Billet Foire de Milan 1948
37. Affiche et billet d’entrée de la foire internationale de Milan de 1948.
Stand Gaggia Foire de Milan 1948?
38. Stand Gaggia, possiblement à la foire internationale de Milan (entre 1948 et 1950).
Fiorenzato Foire de Milan 1948
39. Pavillon des objets ménagers et équipement pour les bars, foire internationale de Milan 1948.

À la fin de l’année 1948, plus de 90 machines ont été vendues et le succès est exponentiel. La collaboration entre Gaggia et Valente va tranquillement prendre fin en 1950, date à laquelle chacun poursuit sa route selon sa propre stratégie commerciale. Cette année-là, Gaggia déménage dans un nouvel atelier (au 3, via Rodolfo Carabelli) pour y faire cavalier seul et déménage aussi son bureau commercial du 69, via Archimède (tout à côté des ateliers Pavoni, situés au 26 de la même rue) au 18, via Angelo Maj, plus près de la nouvelle usine. Valente s’apprête à sortir ses propres modèles de machine à café, sous licence Gaggia, déménageant lui aussi dans un atelier beaucoup plus imposant au 7, via Casella (ancien emplacement de la S.I.L.PA., Società Industriale Laminati Profilati Alluminio).

 

Annonce Gaggia La Stampa 12/1950
Annonce Gaggia La Stampa 02/1951
40. Publicité Gaggia montrant la configuration de la nouvelle usine (La Stampa, 12 décembre 1950 et 20 février 1951).
Brochure FAEMA 1950
41. Brochure FAEMA de 1950.

Anecdote plutôt intéressante, la première brochure pour les machines à café espresso de la société FAEMA (qui date certainement de 1950) montre des photos d’un atelier où l’on distingue, sur les établis, des modèles Classica de Gaggia. Elle porte aussi, en couverture, une représentation d’une des premières « Macchina ad idrocompressione » FAEMA, la Saturno (identique à la Nettuno mais avec, à l’arrière, une grille horizontale plutôt que verticale). À côté, une pin-up tendant une tasse de café d’une main tout en caressant un levier de l’autre. Ce qui choque, ce n’est pas tant la lascivité de la scène, ou la crema très faible sur le café de grand volume, mais plutôt le fait que l’illustration est signée Boccacile. Gino Boccacile, l’auteur des affiches de propagande du régime fasciste italien durant la Seconde Guerre mondiale… une faute de goût qui n’aura certainement pas échappée à Camillo, lui qui a connu la prison pour ses prises de position politique au début de la guerre et qui travaille alors au futur modèle de la société Gaggia.

 

 

À suivre…

_________________________________

⁵. C’est à Milan, sur la Piazza Loreto où le régime fasciste avait fait fusiller quinze partisans un an plus tôt que son corps est exhibé pour l’exemple, suspendu à la structure d’une station Esso avec six autres personnes (dont sa maîtresse Claretta Petacci).
⁶. «L’anima dell’industria: un secolo di disegno industriale nel Milanese», Anty Pansera (1996), p.142
⁷. «Coffee floats, tea sinks», Ian Bersten (1993).
⁸. Photo que Paul Pratt a d’abord postée sur Home-Barista, avec son aimable autorisation.
⁹. Passage retranscrit dans «La buone società Milano industria», de Ugo Bertone, Roberto Camagni et Marco Panara (1987). Dans le texte: « Una mattina di dicembre del 1947, in uno dei bar più frequentati di Milano, il Donini di San Babibla, i soliti consumatori di caffè e cappuccini ritardarono di cinque minuti i loro affari, avvinti da una importante novita. Sul banco, al posto della vecchia macchina sbuffante e bisbetica, ve n’era una nuova: non solo, ma di modello mai visto. Anzitutto invece di avere la solita forma verticale, ad ogiva, era orizzontale; poi, niente fischi di vapore, niente nuvole di fumo e sordi borbottii. Il caffè gocciolava dai becchi, silenzioso e lento come le prime piogge, spinto da una forza oscura e misteriosa. Il barista, fiero dell’attenzione prestatagli, si limitava ad abbassare certe leve, le quali si rialzavano da sole… ». Così molti anni fa scriveva Giancarlo Fusco.
¹⁰. «Tea & Coffee Trade Journal» (April 1st 1990).
Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le 23 juin 2017 dans Histoires et Histoire

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,