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Comedians in Cars Getting Coffee

comedians in Cars Getting Coffee

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Il y a quelques mois notre ami Pootoogoo me faisait découvrir, sur notre forum préféré, Comedians in Cars Getting Coffee. Créée par Jerry Seinfeld, cette web serie nous propose de suivre une personnalité que Jerry invite à aller prendre un café en voiture de collection. Me dire qu’un de mes humoristes préférés, créateur d’une des meilleures sitcoms comiques existante, Seinfeld, se fait filmer avec ma boisson préférée, ça ne pouvait que m’interpeller ! Dans chaque épisode il est accompagné d’un-e comédien-ne avec qui il se balade, déjeune éventuellement et prend un café filtre, espresso, un latte ou cappuccino. Bien-sûr, l’intérêt est accru lorsqu’il reçoit des copains, plus proches : la complicité fait son effet. Et ça prend. En reliant ses goûts pour les voitures, le café et les joutes verbales écrites ou improvisées Jerry s’amuse, le spectateur (moi en tout cas) prend plaisir à suivre tout ce monde et a envie de se faire un café une fois l’épisode terminé.

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La quatrième saison déroule tranquillement ses joviales discussions mais c’est d’une émission de la deuxième saison que j’ai mis le lien parce que l’invité est Gad Elmaleh. Si vous découvrez, c’est sympathique de le faire avec une figure familière…

Alors, si vous êtes anglophone, enjoy !

 

 

 
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Publié par le 25 août 2014 dans Video

 

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La Caféothèque

Une salle accueillante

Une salle accueillante

Dans toute cette effervescence qui secoue gentiment le monde du café, avec l’ouverture de nombreux coffee-shops à Paris et partout en France, on en oublie presque les lieux « historiques ». Je vous ai parlé de Verlet la dernière fois et il faut que je vous parle de la Caféothèque.

La Caféothèque est bien plus récente mais n’en est pas moins une pionnière du renouveau du café dans notre pays. Elle a ouvert en 2005, toutefois son histoire remonte à un peu plus longtemps que ça.

Gloria Montenegro était ambassadeur du Guatemala en France. Pour elle, le café guatémaltèque était le meilleur du monde et elle voulait donc en faire la promotion. Avec le temps, elle s’est rendu compte que la réalité est plus nuancée que ça. Chaque pays revendiquant l’excellence.

Gloria Montenegro

Gloria Montenegro

De l’envie de marquer un trait d’union entre l’œnologie et le café, elle créa en 2001 l’Académie de Caféologie et l’association Connaissance du Café. Les membres se réunissent depuis mensuellement, d’abord chez elle, puis au Procope (café historique, célèbre pour être le plus ancien encore ouvert à Paris) et depuis cinq ans à la Caféothèque. Ce commerce familial est née de l’envie de rendre accessibles ces grands crus qui se dégustaient tous les mois et continue l’entreprise pédagogique avec une équipe de professionnels et des intervenants de premier plan comme Sébastien Lerat (meilleur torréfacteur de France) pour un master class tout récemment. Quand je vous dis qu’ils sont pionniers ; ils étaient les seuls en France, en 2005, à revendiquer et communiquer sur l’intransigeance de leurs choix.

La boutique est une torréfaction et aussi un salon de café où l’on peut profiter en tasse de la vingtaine de

La salle de formation

La salle de formation

terroirs proposés à la carte, sur un total de centaines de cafés en stock, le tout élaboré par des baristi compétents pour donner d’excellents filtres, espressi, cappuccini et quelques autres spécialités. On y trouvera son bonheur en dégustant tranquillement sa boisson préférée et l’amateur pourra satisfaire son palais en choisissant son cru ou en suivant des séances de caféologie et aussi des formations, dont une professionnalisante.

« Question café, la France est en retard, me dit Gloria. Il y a un rattrapage à effectuer par rapport à l’œnologie et à la gastronomie bien développées par tradition ici. Ça va assez vite, tout de même, car les français ont un palais analytique et aiment l’idée de terroir portée par le café ».

Excellence et expertise reconnues : la Caféothèque participe à l’élaboration du cahier des charges et au jugement du concours international de design de tasses lancé par la ville de Limoges le 25 mai dernier.

Tout cela fait un bel établissement dans son esprit, celui de la transmission d’une passion, comme dans la qualité de ce qu’on y trouve. Je vais m’abonner aux expos de l’Hôtel de Ville rien que pour faire le détour ici !

 
 

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Verlet

Verlet

Verlet

Vous êtes-vous déjà promené dans le jardin du Palais-Royal à Paris ? Ça y sent bon le café grillé, non ? Eh bien c’est grâce à Verlet. Verlet est une boutique de cafés et thés de la rue Saint-Honoré mais sa brûlerie est toute proche du jardin, ce qui explique que le doux parfum de torréfaction envahisse toute sa partie ouest. La maison existe depuis 1880. Au début, Auguste Woehrlé avait ouvert une épicerie qui ne proposait que peu de café entre riz, épices et thés. C’est en 1921 que ses successeurs ont commencé à se spécialiser et ont proposé dès1965 des cafés de terroirs.

Depuis 1995, Eric Duchossoy, neveu de Pierre Verlet,

Eric Duchossoy

Eric Duchossoy

lui-même petit-fils d’Auguste (le nom a reçu une nouvelle orthographe entre-temps), a pris la direction de la petite entreprise en continuant le travail de ses ascendants, prospectant, découvrant et torréfiant des cafés de plantations, ce que les torréfacteurs pointus font pratiquement tous à l’heure actuelle ; mais à l’époque, chez les producteurs, il n’était en concurrence qu’avec des torréfacteurs japonais.

Je lui demandai si depuis presque vingt ans qu’il exerçait à Paris (avant cela, il a fait ses armes et s’est confirmé au Havre), il avait vu une évolution des habitudes de consommation. « Bien-sûr, me répondit-il. Il y a une quinzaine d’années, les parisiens (et les français) se sont mis à acheter leur café en supermarché, à bas prix, plutôt qu’en épicerie. Nous avons donc subi une chute des ventes. Cela est remonté quand Nespresso, il faut l’avouer, fit revenir au public quelques notions d’origines et aussi l’idée que le café avait un certain prix. A partir de là les torréfacteurs artisanaux ont vu leurs volumes de vente augmenter aussi » et, enthousiaste, il ajoute : « Et avec l’ouverture de toutes ces nouvelles brûleries, cela crée une effervescence qui profite à tous ! »

La salle

La salle

Et tout le monde de la torréfaction évolue en s’alimentant de jeunesse, de nouveauté et de baristi. Car depuis quelques années Eric travaille avec de jeunes baristi, pensant qu’ils sont la clef de la promotion du café d’excellence en portant le message de la qualité dans les bars, restaurants et hôtels. Avis que je partage en ayant une pensée pour le Réseau des Baristas de France récemment créé, mais je digresse…

Ce jour là, Claire Peté et Antoine Rouillé étaient de service. Antoine me présenta la salle où l’on peut déguster la trentaine de cafés différents proposés à la boutique. Cela représente une difficulté technique mais ça constitue un bon entraînement pour présenter les

Antoine me servant un Bourbon Saint-Hélène. très frais !

Antoine me servant un Bourbon Saint-Hélène. Très frais !

épreuves de championnats auxquels il participe, tout comme Claire. Ainsi, il a été finaliste aux derniers championnats de France de barista.

Verlet est une vénérable maison où l’on achète et où on déguste d’excellents cafés de terroirs, en espresso, torréfiés par un maître en la matière, servis par de jeunes baristi compétents dans un cadre aux boiseries sombres qui lui donne un charme d’époque mais pas suranné, très bien pour une halte thé/café/pâtisserie.

A part ça, on y trouve, entre-autres, toujours du thé et du poivre !

A l'étage

A l’étage

 Verlet: 256 rue Saint-Honoré, 75001 Paris

 
 

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Ascenseur pour l’expresso (Episode 10)

Angelo et la Chocolaterie, deuxième partie

 Affiche Exposition Turin 1884Affiche Exposition Turin 1898Affiche Exposition Turin 1911

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Esposizione Generale Italiana, Torino 1884

Plan Exposition Turin 1884Plan du site de l’exposition de 1884

Lorsque l’exposition générale italienne arrive à Turin en 1884, Angelo Moriondo est fin prêt : il vient tout juste de mettre au point et de breveter sa machine à café. Elle est présentée à l’exposition dans un petit kiosque au fond de la «Galleria de Macchine» dans la jonction entre la «Galleria dell’Elettricità» et la «Galleria della Guerra» (Section « Meccanica Industriale », classe VI, n. 6143). Elle remporte un franc succès et reçoit même une médaille de bronze dans sa catégorie (section XVIII, « Ingegneria e Meccanica industriale »).

Galerie des Machines Turin 1884Galerie des Machines Turin 1884
Grande roue de la galerie des machines et petit kiosque (de la chocolaterie Talmone, concurrent de Moriondo et Gariglio qui rachètera leur fabrique plus tard) se trouvant sur le bord de la galerie

Il n’y a malheureusement aucun dessin de l’événement et encore moins de photos (procédé qui en était à ses débuts), seulement certaines vues prises près de l’endroit où se trouvait la machine à café et quelques traces écrites parlant de cette « cafetière miraculeuse » (Chronique illustrée de l’exposition n. 30 et 48 (p. 238 et 379)).

Chronique Illustrée Turin 1884

Article Chronique Illustrée Turin 1884
Article sur la machine à café de Moriondo dans la Chronique illustrée de l’exposition, p. 238.

Article Chronique Illustrée Turin 1884
Article sur la machine à café de Moriondo dans la Chronique illustrée de l’exposition, p. 379.

Après l’exposition, la machine trouve (ou retrouve) sa place dans le «Gran Caffè Ligure», il y en a même deux : une de chaque type décrit dans les premiers brevets (pour petite et grande quantité de café). Angelo Moriondo organise une inauguration de ses deux machines dans la grande salle du café, relatée dans un article de la Gazzetta Piemontese du 15 mars 1885. Une annonce apparaît un peu plus tard dans ce même journal publicisant (outre les billards français) «la machine à café instantanée, fonctionnant en présence du public» au café Ligure, et une autre pour courir la chance de gagner une de ces machines lors d’une veillée au profit des artistes et musiciens (La Gazetta Piemontese du 1er février 1886).

Pub Café Ligure 1885
Publicité pour le Gran Caffè Ligure publiée dans la Gazetta Piemontese du 30 mars 1885.

Article Café Ligure 1885
Article sur l’inauguration de la machine Moriondo au Caffè Ligure, publié dans la Gazetta Piemontese du 15 mars 1885.

Machine Moriondo à Gagner 1886
Une machine à café Moriondo à gagner (Article de la Gazetta Piemontese du 1er février 1886)

Angelo Moriondo est en effet un amoureux de musique et de nombreux artistes se produisent dans son café. En 1884, Marziano Cantone avait même composé pour lui une polka en l’honneur de l’invention. Le morceau, appelé «Caffè Istantaneo» est répertorié sous les numéros d’édition 1923 à 1927 dans l’«Editori di musica a Torino e in Piemonte: Biografie» (1999), avec la description suivante : Polka dedicata dai componenti l’orchestra del Gran Caffè Ligure al signor Angelo Moriondo proprietario del detto stabilimento ed inventore premiato all’Esposizione Nazionale di Torino 1884 della macchina brevettata per la preparazione del caffè istantaneo. Une polka qui a dû souvent jouer dans son café ces années-là.

 

Pub American Bar 1890
Publicité pour l’American Bar publiée dans la Gazzetta Piemontese du 3 janvier 1890.

Au début de 1890, une autre machine est présente à l’American Bar (sujet de plusieurs publicités dans la Gazzetta Piemontese du mois de janvier) ou peut-être en a-t-il déménagé une là-bas pour servir la clientèle du cinéma le plus populaire de la ville qui se trouvait aussi dans la «Galleria Nazionale». On apprend au fil de ces annonces que la machine était en nickel, que son réservoir contenait 150 litres et pouvait produire 300 tasses en une heure, qu’elle pouvait sortir des cafés à coup de dix tasses ou en tasses individuelles, qu’elle coûtait 150 Lires et que le grand modèle pouvait contenir 1 kg de café moulu et produire 150 tasses.

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Esposizione Generale Italiana, Torino 1898

Plan Exposition Turin 1898Plan du site de l’exposition de 1898

Photo site Exposition Turin 1898Site de l’exposition générale de Turin de 1898

Angelo Moriondo récidive en 1898, lors du retour de l’exposition nationale à Turin, il y expose de nouveau sa machine sur le même site qu’en 1884, mais dans une salle d’exposition gigantesque, construite pour l’occasion, la «Galleria del Lavoro». C’est dans cette galerie en forme de coque de bateau retournée, conçue par l’architecte Carlo Ceppi, que se trouvait cette année-là la machine à café express de Moriondo.

Galerie du Travail Turin 1898
Galerie du Travail Turin 1898
Galerie du Travail Turin 1898Photos de la «Galleria del Lavoro» à l’exposition de 1898

Il était peut-être, de nouveau, dans le fond, ou dans un kiosque sur le côté… j’ai eu beau scruter l’enchevêtrement de machineries industrielles sur les photos d’époque je n’y ai vu que des objets indistincts ayant une vague ressemblance avec la machine à café (et je n’ai pas repéré non plus le nom de Moriondo sur les pancartes).

Portrait Moriondo Turin 1898Portrait d’Angelo Moriondo dans l’ «L’industria italiana alla Esposizione di Torino 1898», p. 136.

Elle y était bien, pourtant, et l’inventeur s’y fait de nouveau remarquer, ayant même droit à un article avec son portrait et un texte élogieux sur son invention dans la revue de l’industrie italienne publiée pour l’occasion. Je ne suis pas peu fier de ma trouvaille : c’est bien le même Moriondo que sur la photo fournie par son petit-fils, mais avec au moins 13 ans de moins.

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Esposizione Internazionale, Torino 1911

Pavillon Brésil Turin 1911

Pavillon Brésil Turin 1911Pavillon du Brésil à l’exposition internationale de Turin de 1911

Pour l’exposition internationale de 1911, Moriondo va réussir un tour de force. Alors que les «Ideales» de Pavoni fleurissent un peu partout dans les cafés et les bars d’Italie, c’est sa machine à lui, légèrement modifiée pour l’occasion que va choisir la délégation Brésilienne pour faire déguster gratuitement leur aux visiteurs de leur majestueux pavillon sur le bord de la rivière Po.

Café Brésil Turin 1911
Article sur l’entente entre Moriondo et le gouvernement brésilien pour l’exposition de 1911 (La Stampa, 29 novembre 1910)

La modification de la machine est consignée dans un brevet italien de 1910 (N. 113332 déposé le 12 novembre 1910) et concerne surtout le regroupement des deux types de machines en une seule, en plus de quelques améliorations fonctionnelles :
– les compartiments de dosage volumétrique de l’eau (numéros 2 et 3 sur la figure 1 du schéma) sont ajustés pour faire passer une tasse (2) et jusqu’à un litre d’eau (3) afin d’accommoder le service de petites ou de grandes quantités de café.
– les robinets sont améliorés et comportent une valve de remise à l’atmosphère (le bouton poussoir sur le dessus du groupe)
– la sortie du robinet (en dessous du filtre) a un brise-jet pour éviter les éclaboussures
– la valve de régulation de pression de la chaudière (fig. 5) est d’un nouveau type ajustable.

Brevet Moriondo La Brasiliana 1910Schéma de «La Brasiliana» d’Angelo Moriondo sur le Brevet italien n. IT113332

Brevet Moriondo 1910Enregistrement au bulletin officiel de l’invention.¹

Commission Café Brésil Turin 1911 a Commission Café Brésil Turin 1911 b
«Comissão do Brazil na Exposição Turim-Roma de 1911», p. LII et 46.

Ces modifications font suite à des discussions avec la délégation brésilienne pour la promotion du café en Europe et visaient à répondre à leurs exigences. Pour marquer le coup, la machine en question est baptisée «La Brasiliana». Examen de passage réussi pour Moriondo qui obtient non seulement l’exclusivité du service de leur café à l’exposition internationale mais aussi un contrat commercial pour la distribution et la torréfaction du café brésilien à l’American Bar, à l’aide d’un torréfacteur appelé «Tornado». Ils comptent aussi sur lui pour aider à l’installation de ces torréfacteurs dans plus de 120 bars à travers le Piémont pour promouvoir la vente de café brésilien et de petites machines à café domestiques appelées «Fluminense» (comme cela est rapporté dans le rapport de la commission).

Torréfaction Moriondo 1911
Publicité publiée dans La Stampa du 9 mai 1911.

L’histoire ne dit pas combien d’appareils de torréfactions ont été installés ni combien de ces «La Brasiliana» ont été assemblées. Angelo Moriondo meurt le 31 mai 1914, peu de temps après avoir prolongé son brevet pour 4 ans (le 30 décembre 1913, sous le n. 139663). Ses funérailles sont annoncées en grand dans la presse locale et beaucoup de monde se déplace pour saluer cet homme actif dans sa communauté, amoureux de l’histoire et du patrimoine piémontais.

Prolongation Brevet Moriondo 1910
Prolongation du brevet de machine à café d’Angelo Moriondo IT113332 enregistré fin 1913 au bulletin officiel¹

 

Décés de Moriondo 1914
Annonce du décès d’Angelo Moriondo dans La Stampa (du 2 juin 1914).

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L’autre Moriondo

Sur l’annonce des funérailles dans La Gazzetta Piemontese, il est aussi salué comme administrateur par la «Societa Anonima Eridanea» (une société de fabrication d’essences et d’extraits, située au 177, via Nizza). Voilà certainement une des nombreuses activités parallèles de Moriondo (ou reliée à la société fondée par le grand-père) comme son implication à la chambre de commerce de Turin et son attrait apparent pour l’automobile.

Brevet Moriondo 1887

Brevet Moriondo 1907Autres brevets enregistrés par Angelo Moriondo (IT21601 et IT88466) ¹

En effet, en fouillant dans les brevets on peut en trouver deux autres enregistrés sous le nom d’Angelo Moriondo : un sur un appareil à jetons pour la mesure de la force humaine (certainement comme ceux des fêtes foraines, déposé le 14 avril 1887 sous le numéro 21601) et un autre pour une roue élastique et légère pour véhicule (déposé le 25 mars 1907, n. 88466). Cela correspondrait avec le fait qu’un Angelo Moriondo fait partie des cinq investisseurs (aux côtés de Gaetano Grosso Campana, Leone Fubini, Guido Bigio et Giovanni Carenzi) ayant aidé Matteo Ceirano à démarrer sa compagnie d’automobile à la fin de 1903, la Matteo Ceirano & C. En 1904, la marque qui produit des Tipo Unico 24 HP à quatre cylindres devient «Itala», une des premières compagnies automobile d’Italie avec la «Fabbrica Italiana Automobili Torino» (F.I.A.T, à deux pas l’une de l’autre).

Mais peut-être faut-il se méfier des homonymes… car il y avait au moins un autre Angelo Moriondo à Turin dans ces années-là, il était consul de Bolivie (et ce n’est vraisemblablement pas le même).

 

Fabrique Itala 1910 Première usine Itala en 1910 et logo de la marque.

Logo Itala

 

 

L’héritage de Moriondo

Loin d’être la machine à café dont on se demande si elle a été assemblée et utilisée, l’invention d’Angelo Moriondo a été non seulement construite en plusieurs exemplaires mais vue par des milliers de personnes à qui elle a servi du café dans différents lieux de Turin entre 1884 et 1914, des cafés et de grandes expositions. À une époque où les gens voyageaient de plus en plus on peut légitiment penser que Luigi Bezzera et Desiderio Pavoni (respectivement vendeur d’alcool et propriétaire de cafés dans la ville voisine de Milan) ont vu la machine de Moriondo avant de déposer leur brevet de 1901. D’ailleurs, 1901 correspond précisément à la fin de la couverture du brevet de Moriondo en France (tombant le 24 octobre 1900)… est-ce vraiment un hasard ?

Pourquoi Moriondo a-t-il failli tomber dans l’oubli alors que les noms de Bezzera et Pavoni brillent encore aujourd’hui? La faute certainement à une mauvaise stratégie commerciale et non à un manque de moyens. Angelo Moriondo a en effet choisi l’exclusivité de l’invention pour attirer le plus de monde possible dans son café. L’absence de machines ayant traversé le temps et le défaut de preuves visuelles (contrairement à la célèbre photo du stand de Bezzera) n’ont pas non plus joué en sa faveur. Enfin, le nom choisi (de «café instantané») était loin d’être aussi judicieux que celui de «café express» ou «espresso» qui a été rapidement adopté. En effet, le terme «café instantané» désignait déjà à l’époque (comme plus tard avec le café lyophilisé) la préparation du breuvage avec de l’extrait de café, comme celui de la maison parisienne Robert et Cie, vendu à Turin même.

Robert et Cie   Robert et Cie
Annonce de la maison Robert et Cie pour du café instantané (La Stampa, 24 décembre 1890 et 18 octobre 1890).

Que doit-on à Moriondo ? Il n’a pas vraiment inventé le porte-filtre fixé au bout du robinet de sortie de la chaudière. C’est un Allemand établi en Angleterre qui propose cette idée trois ans après Kessel (avec ses cartouches pour la «Machine à café revolver»). R.U. Etzensberger dépose en 1881 un brevet pour un compartiment qui se visse sur la sortie d’une grosse chaudière et pouvant accueillir aussi bien du café moulu que du thé. Comme pour Kessel, l’eau est poussée par la pression de la chaudière mais la décoction, au lieu d’être récupérée dans une tasse, est récupérée dans un grand récipient comportant un autre robinet pour le service.

Brevet Etzensberger 1871Brevet DE13351 de Etzensberger, 1871.

L’invention de Moriondo porte vraiment sur le robinet à trois positions (volume d’eau chaude / poussée par la vapeur et relâchement de la pression) mais aussi sur l’ergonomie de la machine à café : l’espèce de dôme avec des robinets sur les côtés et les porte-filtres positionnés en-dessous correspond exactement à ce qui a ensuite été adopté par Bezzera et Pavoni et a trôné dans les bars pendant plus de 50 ans. Ce qu’il n’avait pas et qui fait la marque de ces deux derniers est clairement la dose spécifiquement individuelle (adoptée par Moriondo sur le brevet de 1910), ainsi que l’utilisation de la vapeur à d’autres fins (certainement pour chauffer ou faire mousser le lait). Vu ainsi, l’évolution de Kessel à Moriondo puis Bezzera est une lente progression où chacun apporte sa petite pierre en empruntant (de façon plus ou moins avouée) au précédent.

De la même façon, il y a peut-être une progression plus continue et un inventeur oublié entre Römershausen et Kessel ou, plus tard, entre Bezzera et Gaggia… que l’histoire retrouvera peut-être.

Grand Hotel Ligure 1910Publicité pour le «Grand Hôtel Ligure e d’Angleterre», vers 1910.

via Roma 1910
Photo de via Roma vers 1910 (l’entrée de la «Galleria Nazionale» est la grande arche sur la gauche).

Contrairement à Bezzera et Pavoni, le nom de « Moriondo » n’est pas aujourd’hui rattaché à une marque de machine à café mais est toujours lié au chocolat. Le dernier propriétaire Moriondo (Ettore) est mort en 1945 à l’âge de 84 ans. La chocolaterie de Turin, vendue en 1924 à Venchi puis Unica avait une succursale à Rome qui produit encore du chocolat Moriondo et Gariglio. La société anonyme «Stabilimenti del Ligure» apparaît vers 1906 et le «Grand Hôtel Ligure e d’Angleterre» est aménagé en 1910. C’est aussi vers 1910 que Moriondo n’est plus présenté comme le propriétaire du café Ligure mais comme propriétaire de l’American Bar (qui était propriété d’Andrea Moriondo en 1890). Il est possible qu’il ait vendu le Caffè Ligure et s’est alors concentré sur les affaires de l’American Bar où il avait mis en place un atelier de torréfaction et de vente de café. «L’azienda Moriondo» a été transférée dans une annexe du bar en 1912 et était encore active après la mort de Moriondo, en 1915.

Azienda Moriondo a Azienda Moriondo b
Publicité pour l’«Azienda Moriondo» située à côté de l’American Bar (La Stampa 28 juin 1912 et 1er juin 1915).

On ne sait pas ce qui est arrivé aux modèles de machine à café déménagés là, après la mort de Moriondo. «Saracco e Fratelli» ont repris l’affaire et modernisé le café en 1919. La «Galleria Nazionale» a été détruite en 1936 lors du réaménagement de la via Roma, elle n’existe plus aujourd’hui. Ce qui est sûr c’est que si une de ces machines « A. Moriondo » existe encore, elle vaut bien plus de 150 lires.

À suivre…

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¹ Archives italiennes de la Gazzetta Ufficiale del Regno

 
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Publié par le 20 avril 2014 dans Histoires et Histoire

 

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