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Archives de Tag: cafetière

Ascenseur pour l’expresso (Episode 6)

De [a-] à [-zel], dernière partie (1802-1858):
Les «insolites»

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Voilà, vous pensiez que le tour des 180 brevets français de l’INPI était bouclé, le chemin nous ayant bien conduit de [a-] Hadrot à [-zel] Loysel (en commençant par Denohe/Henrion/Rouch) avec quelques détours à l’étranger où se trouvent parfois des précurseurs aux inventions française. Cette période a été l’âge d’or de la cafetière, la France étant un des bastions de l’innovation en ayant appliqué à la préparation du café des techniques de la pharmacologie, de la chimie ou de la physique qui étaient alors en plein essor.

Avant de s’éloigner pour un temps du « Made in France », en route vers la « crema di caffè », je ne voulais pas quitter cette période sans mentionner des inventions insolites, plus ou moins loufoques que j’ai relevées au cours de cette revue des brevets.

Les automatiques

Cafetière Durant Durant ¹
Cafetière Durant, 1827 (source: « Archives INPI »)

Première mention spéciale à Nicolas-Félix DURANT (fabricant de Châlons-sur-Marne), qui en 1827, avec sa « cafetière dans laquelle l’eau bouillante s’élève, par l’expansion de la vapeur, de la partie inférieure à la partie supérieure, et dans laquelle, aussitôt que l’eau est élevée, la lampe à l’esprit de vin dont on se sert s’éteint tout-à-coup » est le concepteur de la toute première machine automatique (enfin son ancêtre).

Cafetière Gandais
Cafetière Gandais, 1827 (source: « Archives INPI »).
Signalée comme étant importée d’Allemagne et fabriquée en Agleterre, elle est citée dans le brevet de Durant.

C’est une cafetière similaire à celle de Laurens (ou de Jacques-Augustin Gandais dont le brevet de 1827 est cité) mais qui n’a pas besoin d’intervention, une fois la cafetière partie. Elle est munie d’un tuyau interne (pour la montée de l’eau bouillante) et d’un système complexe d’auto-extinction de la lampe à esprit de vin en fin d’ébullition. Cette extinction est provoquée par un écoulement d’eau vers un contrepoids qui déclenche une gâchette à ressort et provoque à la fois la retombée de l’eau chaude sur le café et le rabattement du couvercle sur la lampe. Le moment du déclenchement est fonction de la position d’une clé sur laquelle on choisit le nombre de tasses.

Cafetière Capy Capy ¹
Cafetière Capy, 1827 (source: « Archives INPI »)

Ce principe est repris la même année par Louis-François CAPY, ferblantier lampiste chez lequel Durant logeait (au 271, rue Saint-Denis à Paris) et cessionnaire de son brevet. Il propose un perfectionnement au brevet précédent avec des cafetières plus simples et une auto-extinction qui est déclenchée par l’élévation du contenant inférieur alors qu’il se vide de son eau (toujours par expansion de la vapeur). La partie supérieure de la cafetière est amovible et est utilisée seule pour servir le café.

Cafetière Napier

Cafetière Bastien Bastien ¹
Cafetière Bastien, 1842 (source: « Archives INPI »)

Le principe d’auto-extinction de la lampe à esprit de vin a été repris pour une cafetière à siphon de configuration horizontale très populaire. Ces cafetières sont appelées « cafetières à bascule » et ont un style reconnaissable entre tous. La configuration est identique à celle de Napier (un anglais qui a réalisé sa cafetière, semble-t-il, vers 1840… bien que les preuves manquent) ou de Jean-Claude BASTIEN (un tailleur de cristaux dont le brevet déposé en 1842 présente une cafetière à deux ballons sur un axe permettant de les dégager facilement du feu, mais qui n’est pas à siphon).

Cafetière Gabet Gabet ¹
Cafetière Gabet, 1844 (source: « Archives INPI »)

Au lieu d’être sur un axe horizontal fixe, les deux récipients sont liés par un système de bascule, de sorte que lorsque l’eau se vide du premier récipient par expansion de la vapeur, son élévation relâche un clapet qui coupe la lampe à esprit de vin. Avec le refroidissement, le café infusé dans le deuxième récipient retourne dans le premier (sur le principe de la cafetière à siphon), qui rebascule alors et signale la fin de la préparation. Ce type de cafetière est aussi appelée « Cafetière Gabet » car Adrien Emile François GABET est celui qui l’a inventée et popularisée, son brevet date de 1844.

Cafetière Gabet

Cette cafetière a eu beaucoup de succès et on en retrouve de nombreux exemplaires aujourd’hui. D’autres inventeurs tels que VASSIEUX (1846), FIORINI (1847), PHARANT (1848), SUBRA (1850), PENANT (1851), WATEAU (1851 et 1853), DAUDEVILLE (1852), TURMEL (1853), et ROUSSELLE/DANGLES (1855) avec leur « cafetière inexplosible en fer émaillé » ont proposé des modèles similaires. Ce principe a aussi été utilisé pour des cafetières originales en forme de locomotives à vapeur (Toselli, Italie, 1861 et Demazy, France, 1887).

Cafetière locomotive

Autres cafetières qui peuvent être rangées dans les cafetières automatiques (du moins dans l’esprit), ce sont les « appareils propres à la préparation du café » d’Antoine-Joseph REYDEMORANDE qui propose en 1842 un appareil complet qui va de la torréfaction à la tasse.

Cafetière Reymorande Reymorande ¹
Cafetière Reymorande, 1842 (source: « Archives INPI »)

Les conceptions spéciales

Certaines cafetières ont un style à part et se reconnaissent au premier coup d’œil. C’est le cas de la « nouvelle cafetière » proposée par Alexandre LEBRUN en 1838. Elle est aussi originale dans sa conception car c’est une cafetière à vapeur (dans le style Caseneuve) inversée : la fermeture hermétique fait penser à une cocotte minute, le café est tassé par un filtre sur le bas de la cafetière qui est chauffée sur les côtés par un bain d’esprit de vin. Le café sort par un long tube verseur qui part du bas de la cafetière.

Cafetière Lebrun Lebrun ¹
Cafetière Lebrun, 1838 (source: « Archives INPI »)

Cafetière Lebrun

Ce style est tellement particulier qu’on le reconnaît tout de suite dans le brevet de perfectionnement déposé par Armand GOYOT en 1849 (intitulé « perfectionnements dans les cafetières dites à pression »).

Cafetière Goyot
Cafetière Goyot, 1849 (source: « Archives INPI »)

Le style a aussi traversé l’Atlantique: il se retrouve dans un brevet US de Louis C. LOMER de 1875 («Improvement in coffee-pots», Brevet US172462).³

Cafetière LomerLomer
Cafetière Lomer, 1875 (source: « USPTO »)

La description de la cafetière d’Adolphe DARRU de 1839 n’est pas très détaillée mais porte le titre très accrocheur de « nouvelle cafetière locomotive ». Elle pourrait être la toute première cafetière imitant la forme d’une locomotive (design qui a été utilisé beaucoup plus tard) et avait ce qui semble être un indicateur de niveau (donc avant celui de Dausse).

Cafetière Darru Darru ¹
Cafetière Darru, 1838 (source: « Archives INPI »)

Römershaussen avait proposé en 1816 d’utiliser une pompe à air et un principe de succion pour obtenir des extraits de substances végétales telles que le café.

Cafetière Whitehead Whitehead ¹
Cafetière Whitehead, 1840 (source: « Archives INPI »)

L’anglais John WHITEHEAD a été le premier en juin 1840 à déposer un brevet de cafetière fonctionnant sur ce principe en France sous le titre « appareil ou cafetière propre à produire des infusions immédiates de café, de thé, de quinquina, d’herbes et poudres médicinales ».

Cafetière Tiesset / Moussiet-Fievre

Tiesset Moussiet-Fievre ¹
Cafetière Tiesset/Moussiet-Fievre, 1840 (source: « Archives INPI »)

Cafetière Tiesset
Cafetière Tiesset, 1841 (source: « Archives INPI »)

Il a été suivi de très près par Auguste Alexandre TIESSET / René-Louis MOUSSIER-FIEVRE qui ont déposé leur « nouveau procédé de filtrage par le vide et à pression » en septembre de la même année. Ce brevet a été suivi d’un autre (par Tiesset seulement) en 1841 (« l’application d’un procédé de filtrage par le vide et à pression atmosphérique »).

Les pistons

Cafetière Mayer / Delforge Mayer / Delforge ¹
Cafetière Mayer/Delforge, 1852 (source: « Archives INPI »)

Les ancêtres de la cafetière à piston se trouvent en 1852 avec Henri-Otto MAYER/ Jacques-Victor DELFORGE (« cafetière à pression et à filtrage instantanés ») et 1854 avec Jean-Honoré LAVIGNE (chapeleir à Paris, « système de cafetière »). Dans ces deux cas le café est enfermé dans un filtre descendu à l’aide d’un piston, ce qui n’est pas strictement identique au piston (« Bodum ») tel qu’on le connaît. Ce principe a l’air très simple mais cela a pris de nombreuses années avant que la technologie permette de fabriquer des cafetières assurant l’étanchéité du filtre descendant, qui plus est dans un récipient transparent (le « Bodum » danois n’est apparu que dans les années 1970).

Cafetière Lavigne Lavigne ¹
Cafetière Lavigne, 1854 (source: « Archives INPI »)

Les améliorations techniques

À part les grandes avancées technologiques sur le principe des cafetières elle-même, il est des petites trouvailles dignes de mention.

Cafetière Doublet / Rouen Doublet / Rouen ¹
Cafetière Doublet/Rouen, 1833 (source: « Archives INPI »)

Ainsi, la « cafetière perfectionnée » proposée en 1833 par Edouard DOUBLET et Pierre-Isidore ROUEN est la première à comporter une soupape de « sûreté », ajout qui sera bien utile pour toutes ces cafetières fonctionnant à l’aide de la vapeur et des qualités de métaux et des techniques de soudures qui n’étaient pas encore au point. La cafetière fonctionne sur le principe de Rabaut mais avec un montage plus simple et plus sécuritaire: en plus de la soupape de sécurité, la bouilloire présente un filtre supérieur maintenu par un ressort « à boudin » pressant sur la mouture. L’eau monte entre deux « gobelets » emboîtés l’un dans l’autre et passe sur la mouture pour produire le café. Il est mentionné que ces avancées permettent l’emploi d’une mouture plus fine, améliorant la qualité du café produit.

Cafetière Dausse Dausse ¹
Cafetière Dausse, 1843 (source: « Archives INPI »)

Le « genre de cafetière » de Joseph-Barthelémy-André-Amans DAUSSE est aussi digne de mention. Pas forcément pour ses talents de dessinateur mais parce que c’est un pharmacien reconnu (la boucle est ainsi bouclé avec Henrion et Descroizilles) et qu’en 1843, il est le premier à centrer son brevet sur un indicateur de niveau. Sa cafetière est de type Dubelloy et son « flotteur-compteur » permet de savoir quelle est la quantité de café restante. Son invention a été publicisé dans les journaux mais aussi présentée aux arts-et-métiers (Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, 1844. N° 475-486, p. 231) et raportée dans le Polytechnisches Journal (Band 94, Nr. XXXV. (S. 192–194), 1844).

Publicité DausseCafetière Dausse, 1844 (source: «Polytechnisches Journal»)

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La Presse, 12 janvier et 14 février 1844 / 1845 (source: « Gallica »)

dfvakeb.jpgPortrait d’Amans Dausse. †

Né à Rodez en 1799, Amans Dausse s’installe à Paris comme pharmacien en 1826 et se retrouve bientôt à la tête du plus gros laboratoire pharmaceutique de France. Il avait une passion certaine pour le café, en dehors de son brevet et de ses différents modèles de cafetières il a aussi déposé un brevet pour un torréfacteur en 1846 (le «Brûloir à café dit pondétorréfacteur») et publié la même année un petit livre très intéressant intitulé «Manuel de l’amateur du café».†

Les félés

L'amateur de café (Daumier)
Caricature d’Honoré Daumier, série Monomanes publiée dans Le charivari en 1841. ²

Pour finir, quelques inventions un peu excentriques…

Cafetière Jossi Jossi ¹
Cafetière Jossi, 1835 (source: « Archives INPI »)

En 1835, Philippe-Antoine-Barthélemy JOSSI expose dans son brevet de « nouvelle cafetière » un dispositif très complexe pour le chauffage de l’eau : le « Caléfacteur à double action calorique par courant d’air intérieur ». On doit apparemment ce dispositif, utilisé dans la partie haute de la cafetière, au Dr Quenot. La cafetière est en fait une DuBelloy où l’eau est chauffée par une flamme autour d’un récipient en forme de moule à Kouglof (le fameux caléfacteur). Lorsque l’eau est chaude, elle est envoyée sur la mouture par un tube muni d’un robinet. Un autre récipient peut même se placer au-dessus pour chauffer le lait en même temps. Pas sûr que le tout était très sécuritaire et ait connu un grand succès.

Cafetière Wateau Wateau ¹
Cafetière Wateau, 1853 (source: « Archives INPI »)

Enfin, Jules WATEAU dont l’invention était tellement décalées qu’elle fera l’objet d’un article dans « Le Journal pour rire ». Arrière-petit-neveu du peintre Joseph-Antoine Watteau (il a donc perdu un « t » dans l’arbre généalogique), il propose en 1853 l’ « application de boîtes à musique, timbres d’appel, réveils, sonneries, aux cafetières propres à faire le café ou le thé sur table, dites cafetières à esprit-de-vin ». Il utilise pour ça une cafetière à bascule, véritable emblème de ce milieu de siècle et y ajoute un automate associé au système d’extinction de la lampe.

Cafetière à Musique
Le Journal pour Rire, 21 avril 1855 (source: « Gallica »)

Les cafetières, elles, n’étaient pas prêtes de s’éteindre…

À suivre…

___________________________________

¹ Source: « Archives INPI », avec leur aimable autorisation.

² On peut lire en bas : « L’Amateur de café – La demi-tasse devient aisément une seconde nature ; on trouve nombre de gens qui, comme l’amateur ci-dessus, se sont fait une règle immuable de prendre leur café, afin de faciliter la digestion, même lorsque leurs moyens ne leur permettent pas de dîner. Il est convenu que l’existence serait trop amère sans la chicorée. »

³ Merci à Lucio Del Piccolo qui m’a envoyé, parmi des centaines d’autres, ce Brevet. Il est d’ailleurs l’heureux possesseur d’une cafetière Lebrun et a publié des photos d’une cafetière Goyot sur son blog (en italien).

† Merci à Rémy Bellenger qui m’a chaleureusement contacté à propos de son arrière-arrière-arrière-grand-père (Amans Dausse), à qui il a consacré un site (www.bellenger.fr/Dausse/) avec différentes archives. On peut y trouver notamment le «Manuel de l’amateur du café», des images et photos de brevets et cafetières Dausse, ainsi que de nombreux document sur les laboratoires qu’il a fondé.

 
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Publié par le 3 janvier 2014 dans Histoires et Histoire

 

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Ascenseur pour l’expresso (Episode 5)


De [a-] à [-zel], troisième partie
(1844-1855):

Le café «en grand»

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Au XIXe le café s’est popularisé de façon considérable en France et les établissements le servant se sont multipliés, inquiétant même le pouvoir qui devait secrètement espérer que tout ce bas monde prenne sa tasse de café à la maison plutôt qu’en parlant politique au café du coin. Mais ce sont plutôt les lois de la nature qui allaient contre la production d’excellent café «en grand». La nécessité de « faire le meilleur, le plus vite possible et de la façon la plus économique » est une équation difficile à résoudre, quel que soit le produit auquel il se rapporte. C’est pourtant la solution à ce problème qui est au cœur des paramètres qui ont participé à la naissance de l’expresso.

Les technologies proposées alors ont bien répondu tant bien que mal au «faire le meilleur de façon économique» mais celles-ci n’étaient jamais rapides… et demandaient aux limonadiers de préparer la boisson à l’avance en la gardant au chaud, ce qui en dégrade les qualités.
– Dans le cas de l’infusion à la Dubelloy, il est possible d’avoir en attente de grandes quantités d’eau chaude mais l’infusion est lente.
– Dans le cas des cafetières à vapeur sur le principe des « cafetières italiennes », l’extraction est rapide mais attendre que l’eau arrive à ébullition est tout aussi long. Vu la qualité des métaux et des soudures à cette époque, laisser l’ébullition en attente de l’extraction dans une chaudière fermée, exposait à des risques d’explosion non négligeables.

Pour la troisième méthode d’extraction (les cafetières à siphon), le café était bien préparé (soit-disant) « à la minute » mais seulement « sur table », pour quelques tasses. Attendre l’ébullition était peut-être plus distrayant mais tout de même assez long (voir la caricature plus bas). De toute façon, il était impossible pour les cafés d’utiliser autant de cafetières que de clients…

Le Tintamare 1 Le Tintamare 2
Le Tintamare, 05 mars 1852 (source: « Gallica »)

Dans les faits, le développement des petites cafetières domestiques a certainement accéléré l’évolution de la préparation du café en grand, amenant au sein de la population une référence du bon café et rendant les clients plus exigeants. Finit le temps où on pouvait servir (littéralement) n’importe quel jus de chaussette ou faire passer de la chicorée pour du café… en tout cas auprès de certains, la boisson nationale était quand même toujours le café au lait, et le café frelaté étant assez répandu.

L'Eclipse
L’Eclipse, 1877 (source: « Gallica »)

Les cafetières de Romershaussen et de Rabaut pouvait produire du café en grand, mais il n’est pas sûr que ces appareils aient été employés dans des établissements servant du café, leur configuration semblait plutôt faite pour un usage extérieur.

>1832<

Le premier à se préoccuper spécifiquement du café en grand dans les brevets français est Joseph-Patrice DU BOURG (résidant à Paris au 5, avenue des Champs-Élysées). «Jusqu’à ce jour, dans aucun pays, le caffé (sic) n’a été confectionné en grand et partout, dans les confections en petit, on a suivi des principes routiniers». Ainsi débute son brevet de 1832 (octroyé pour dix ans, ce qui est rare à l’époque) intitulé « méthode de préparation en grand du café à la vapeur ». Son brevet ne comporte pas de dessin mais juste une description. L’installation utilise, « dans un laboratoire », un générateur de vapeur, qui pousse de l’eau à travers un appareil contenant le café avec des grilles des deux côtés et une tuile métallique pour retenir la poudre de café. Le café est récupéré dans une chaudière doublée de porcelaine ou de faïence en son intérieur (pour ne pas altérer le goût du café et le tenir au chaud sans qu’il atteigne l’ébullition) et est servi par un robinet. Il est annoncé qu’il est possible de produire une quantité énorme de café en peu de temps : 18 à 20,000 tasses en 15 à 21 min avec 150 kilos de café ou 150,000 tasses en moins de 9h ! Le but affiché est la distribution de café dans tous les quartiers d’une ville, ce qui se faisait encore au début du XXe par des marchands ambulants.

Vendeuse de café 1Vendeuse de café à Paris en 1810

Vendeuse de café 2Vendeuse de café à Paris vers 1900

Le soucis est un soucis d’économie : « Au moyen de cette invention la tasse de café au lait sucré, première qualité, qui se vend 60 centimes sera livrée au public à 15 centimes. La double tasse caffé Moka (1/4 de litre) sans lait, y compris le sucre rafiné à 13 cent. ½ »
Il en profite pour se plaindre au passage des « gros droits de douane sur les sucres et les caffés », mais conscient que cela pourrait jouer contre lui, il précise dans une note, qu’en considérant les droits perçus, «cette invention et sa propagation augmentera de plusieurs millions les revenus annuels de l’Etat».

Du Bourg ¹

>1838<

Pierre-Médard GAUDICHON, dans son brevet de 1838 intitulé « moyen propre à faire du café, sans ébullition ni évaporation, et pour obtenir de cette fève tout l’arôme qu’elle contient » présente la toute première machine à «capsule» (c’est le terme employé dans le brevet). Des capsules pour du café en grand ? Enfin, pas n’importe quelle capsule, elle est rechargeable et a une taille imposante. C’est en fait une cafetière Morize (sur le principe de la cafetière dite «napolitaine»), qui se retourne sur un grand vase en porcelaine muni d’un robinet. Dans son «observation essentielle », à la fin du brevet, il précise que « l’appareil pour M. M. les limonadiers est le même sur une plus grande échelle». Il y ajoute aussi un système pour que l’eau repasse sur le marc afin de préparer plus de café (beurk). Je me demande comment ils faisaient pour ne pas s’ébouillanter dans la manœuvre de retournement…

Cafetière Gaudichon
Cafetière de Gaudichon, 1838 (source: « Archives INPI »)

Gaudichon ¹

>1847<

L’appareil proposé par André GIRAUD (distillateur liquoriste à Paris, 43, rue du Faubourg-Poissonnière) en 1847, commence à ressembler franchement aux premières machines à café «Express». Son système dit «condensateur, appareil chimique, pour la préparation du café et du thé», se compose d’une cuve en cuivre de 8 à 9 litres de capacité (pour la «Demie grandeur»), chauffée au bois, qui envoie de l’eau dans deux «porte filtres cylindriques de la profondeur de 15cm et 11 de diamètre à double compartiment armé de trois filtres métalliques» situés de chaque côtés de la chaudière. L’eau poussée à travers ces filtres contenant la poudre de café (ou du thé) passe ensuite par un serpentin pour condenser les vapeurs aromatiques et est récupéré dans deux récipients de cristal gradués, munis de robinets. Ces récipient sont placés dans un vase à bain marie avant le service. Il est spécifié que l’appareil peut produire 50 tasses (d’un côté le thé et de l’autre le café) en 45 à 50 minutes et ne consomme que 4 à 5 centimes de chauffage.

Cafetière Giraud
Cafetière de Giraud, 1847 (source: « Archives INPI »)

Giraud ¹

>1855<

L’Exposition Universelle

Expo 1855 ²
Bâtiment principal de l’Exposition Universelle de Paris, 1855

1855 est l’année de la première exposition universelle française, à Paris. Un imposant bâtiment a été construit près des Champs-Élysées pour l’occasion, qui comprenait une très longue annexe (une verrière de 1.2km le long et 17m de hauteur le long de la Seine) accueillant la Galerie des machines.³

Plan Expo 1855
Plan du site de l’Exposition Universelle de Paris, 1855

C’est dans cette annexe que se trouvait le tout nouvel appareil de Loysel, appelé «percolateur hydrostatique».

Percolateur Loysel ²
Percolateur hydrostatique de Loysel dans sa version petit format, 1855

Loysel, de son nom complet Édouard LOYSEL DE LA LANTAIS, né en 1816 à Vannes, était fils et petit-fils d’ingénieur. Lui-même ingénieur, professeur de sciences naturelles et de mécanique il a à son actif de nombreuses publications et plusieurs brevets. Avec son sens développé des affaires, il a commencé par breveter l’un des tout premiers panneaux publicitaire (1839 et 1842 :«mode de publicité dit annonciateur universel»), puis une modification au jeu d’échec (1841 et 1843), sur les traces de son père qui avait inventé un jeu de société. Des produits pour toucher le grand public… tout comme ses nombreux brevets de cafetières.

Le concept de sa première cafetière est développé dans différents brevets. Le premier, de 1843, la décrit comme un «genre de cafetière». Il s’agit d’une cafetière basée sur le principe de la cafetière à siphon mais qui chauffe le lait au bain-marie en même temps que l’eau. Le robinet de sortie est à double conduit, de sorte que le lait et le café sont mélangés pour produire la boisson préférée des français (ou des anglais si le café est remplacé par du thé) directement dans la tasse. Elle apparaît dans des publicités de journaux sous le nom de «cafetière Parisienne».

Cafetière Lousel 1843  Loysel 1
Première cafetière de Loysel, 1843 (source: « Archives INPI »)

Cafetière Parisienne 1

Cafetière Parisienne 2
La Presse, 30 décembre 1843-12 janvier 1844 (source: « Gallica »)

Chose certaine, Loysel avait la bougeotte : il n’a jamais deux fois la même adresse sur les brevets, sûrement à la recherche de la meilleure occasion d’affaire ou du meilleur coup de publicité. Parti vivre en Angleterre en 1844, il y est naturalisé en 1849 et continue sur sa lancée. Il revient d’abord en 1853 avec une «cafetière Dubelloy perfectionnée» puis… la fameuse idée pour résoudre la quadrature du cercle : utiliser une nouvelle force pour l’extraction du café. Non pas encore une force mécanique mais la gravité ! L’eau amenée en hauteur pas la force de la pression de la vapeur est soumise alors à loi de Pascal: elle peut y rester chaude, en attente de l’extraction, qui se fera à force égale à celle de la vapeur qui l’a amené là-haut. Il suffisait d’y penser…

Le résultat donnait des cafetières aux proportions gigantesques qui n’étaient pas à la portée d’un petit ferblantier, mais typiques de l’aire industrielle naissante.

Percolateur Loysel 1 Percolateur Loysel 2

Percolateur Loysel 3 Loysel 2
Percolateur Hydrostatique de Loysel, 1853 (source: « Archives INPI »)

À cette idée lumineuse, Loysel ajoute un coup de marketing grandiose: son «percolateur hydrostatique» est présenté à l’exposition universelle de Paris… exposée et servant des cafés à 5 millions de visiteurs éblouis par l’invention. Dans la revue Cosmos (Tome 7, p.127-135, 1855), il est dit que l’appareil contient 2000 tasses et coûte 6000 francs, une petite fortune pour l’époque. Le café, lui, était servit 20 centimes la tasse.
Fort de son succès, ce percolateur est déplacé dès la fin de l’Exposition Universelle au café Frascati, rue Montmartre où il rencontre aussi un franc succès. Son succès continue ensuite au palais des omnibus, sur la place du Palais Royal (où le percolateur restera jusqu’en 1860). Après avoir fondé « la compagnie générale des Percolateurs de la Seine», il en fera construire d’autres exemplaires dont des plus petits formats et en vendra à travers toute la France.

Percolateur Loysel Palais Royal
Établissement du Percolateur, Place du Palais-Royal, 1855

Article Percolateur 1 Pub Percolateur 1
La Presse, 8 et 21 février 1856 (source: « Gallica »)

Article Percolateur 2 Pub Percolateur 2
La Presse, 14 juillet 1856 – Le Figaro, 28 mai 1859 (source: « Gallica »)

À côté de ça…

La routine continue. L’année de l’exposition universelle, Jean Baptiste Antoine COUTANT, négociant à Paris (au 274, rue Saint-Honoré) présente un système de cafetière dite «Cafetière simplifiée» qui n’est autre qu’une Dubelloy avec de l’eau bouillante à disposition en tout temps dans la partie supérieure, prête à passer par l’ouverture d’un robinet. Le café passé se retrouve dans un autre compartiment de la partie inférieure et y est conservé au chaud par l’eau bouillante. Petit ajout ingénieux et simple à la toute première cafetière qui avait encore de beaux jours devant elle, y comprit dans les cafés.

Cafetière Coutant Coutant
Cafetière de Coutant, 1855 (source: « Archives INPI »)

De même, Jean-Baptiste DAGAND (demeurant au 388 rue Saint Denis à Paris) et son «système d’appareils-cafetières propres à l’infusion du café par aspersion et retour d’eau», n’invente pas l’eau chaude. Même s’il prétend que ses « appareils-cafetières évitent tous les inconvénients des anciennes cafetières du commerce toutes basées du reste sur d’autres principes que les miens. Ces inconvénients sont principalement : un remontage difficile à chaque fois que l’on veut s’en servir, des dangers d’éclats pour les appareils en verre lesquels cassent si souvent, lenteur des opérations». Il ne propose rien d’autre qu’une cafetière de Laurens modernisée (avec indicateurs de niveau, s’il vous plaît). Sa cible sont les siphons, dont l’effet de mode était passé et qui commençaient à avoir mauvaise presse. La publicité, faisant du neuf avec du vieux était en marche… et ça non plus ça n’était pas près de changer.

Cafetière Dagand Dagand
Cafetière de Dagand, 1855 (source: « Archives INPI »)

L’après Loysel

Article Percolateur 3
La Presse, 18 mars 1860 (source: « Gallica »)

Loysel meurt en 1865 et la mauvaise publicité, pour lui aussi, va arriver plus tard. On en retrouve des fragments dans la presse qui rapporte plusieurs accidents et explosions de percolateurs, causées certainement par le vieillissement des appareils.

Accident Percolateur 1La Presse, 4 juin 1895 (source: « Gallica »)

Accident Percolateur 2

Accident Percolateur 3

Accident Percolateur 4

Le Figaro, 10 janvier 1901-1e septembre 1910-24 décembre 1913 (source: « Gallica »)

Mais les jalons de l’expresso étaient posés et Loysel a laissé son nom dans l’histoire comme en étant le précurseur. Il est aussi et surtout celui qui a apposé le nom de «percolateur» à ces étranges machines, faisant à la demande du café en grande quantité.

À suivre…

___________________________________

¹ Source: « Archives INPI », avec leur aimable autorisation.

² Source: site Hector Berlioz.

³ Traité de « bœuf foulant un parterre de roses » par Mirabeau, l’édifice a été détruit en 1899 pour accueillir le petit et le grand palais de l’Exposition Universelle de 1900.

 
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Publié par le 2 décembre 2013 dans Histoires et Histoire

 

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Ascenseur pour l’expresso (Episode 4)

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Siphon


De [a-] à [-zel], deuxième partie
(1827-1842):
Un siphon font, font… de petites cafetières.

La cafetière à siphon, maintenant connue sous le nom de « Cona » ou « Hellem » a reçu toute sorte d’appellations étranges à ses débuts: « Atmodèpe-infuseur », « Café-facteur », Cafetière « Myrosostique » ou «atmo-pneumatique».

Elle est généralement constituée de deux globes superposés, reliés par un tube, et fonctionne en deux temps. Elle utilise d’abord la poussée de la vapeur pour évacuer par un tube ascensionnel de l’eau portée à ébullition dans une enceinte fermée. L’infusion s’opère alors dans la partie supérieure où se trouve le café en poudre. Lorsque la source de chaleur est éteinte, la pression de vapeur retombe, ce qui crée un effet de succion faisant revenir le café infusé dans le bas de la cafetière, le marc étant retenu par un filtre. Cela en fait un hybride entre la cafetière Dubelloy et la cafetière « italienne ».

Si l’on se contente des brevets, on pourrait croire une nouvelle fois que cette invention est française et date de 1835. Cela vient non seulement des différentes dates de mise en place des brevets suivant les pays et possiblement de la disparation d’archives, mais aussi, comme dans le cas de Descroizilles ou Charnacé, de la discrétion et de l’humilité de son inventeur.

Son nom apparaît dans l’ouvrage de Bersten¹ mais il m’a fallu faire une grande boucle dans le temps, de 1835 à 1842 pour en retrouver la preuve dans un ouvrage insolite de 1827. Si cette cafetière ressemble à un instrument de laboratoire, ce n’est pas le fruit du hasard… sa description se trouve dans une revue de physique et de mathématique !

Commençons donc par les brevets…

>1835<

Signature Boulanger ²

Sous le nom peu accrocheur de « nouvelle cafetière à vapeur », Louis-François-Florimond BOULANGER (résidant à Paris, au 43, rue du Faubourg-Saint-Denis), architecte né à Douai en 1807, dépose le tout premier brevet français de cafetière à siphon. Sa description est assez précise, mais peu enflammée par rapport à la nouveauté que semble représenter l’invention dans le monde des cafetières.

Cafetière Boulanger
Cafetière de Boulanger, 1835 (source: « Archives INPI »)

On peut se demander comment un socialiste en herbe, étudiant de l’école des Beaux-Arts occupé à dessiner son « Palais pour l’exposition d’objets d’art et des produits de l’industrie » qui lui vaudra le grand prix de Rome en 1836 a pu avoir cet éclair de génie. Peut-être le sujet même de son étude ? (voir plus loin)

>1836<

Signature Beunat ²

Son compatriote Pierre-Marie-Joseph BEUNAT (de Thann dans le Haut-Rhin), chevalier de la Légion d’honneur, avait bien plus d’éloquence. Il vante les mérites de son « appareil propre à faire les infusions, nommé admopède infuseur », appareil quasi identique à celui de Boulanger, en ces mots : « L’ajustement de l’appareil est facile, son apparence est très agréable, l’opération qui ne l’est pas moins en elle-même est de plus une puissante cause de distraction pour un malade ou pour une société » (sic).

Son brevet couvre très large : en plus de la possibilité de faire du café ou du thé, est énoncé la possibilité de faire toute boisson qui s’obtient par infusion de matières végétales, et même la possibilité de s’en servir pour la préparation de chocolat « mais à celui de bonne qualité seulement ». Elle permettrait aussi… de « cuire sur table, en présence des convives, divers comestibles tels que des œufs en coque, des asperges, etc. »… pratique !

Cafetière Beunat
Cafetière de Beunat, 1836 (source: « Archives INPI »)

>1837<

Signature Capette ²

Après une première demande de brevet abandonnée pour une « cafetière éolipyle perfectionnée », Jean-Louis CAPETTE, fabricant de bronzes à Paris (au 43, rue du Temple), obtient peu de temps après un brevet pour une « Cafetière Myrosostique », appareil identique à celui de Boulanger, mais qui a la particularité d’avoir un chauffage du réservoir par le côté.

Cafetière Capette
Cafetière Myrosostique de Capette, 1837 (source: « Archives INPI »)

Madame Jeanne RICHARD, née PIERRET (55, rue du Faubourg-Saint-Martin à Paris) apparaît souvent dans la liste des inventeurs associés à la cafetière à siphon (Bramah ¹ p. 81, Bersten ¹ p. 84).

Signature Richard ²

Son brevet est un brevet d’importation qui concerne une « Cafetière physique diaphane avec concentration de toute la vapeur » appelée Atmodès. Le fait est que son brevet confirme la piste de l’inventeur et explique pourquoi Beunat, habitant en Alsace, a eu vent de cette cafetière. Il y est dit que « le système de l’Atmodès est fort simple et il est employé depuis un grand nombre d’années aux cafetières en Allemagne » (premier indice).

Cafetière Richard
Cafetière Atmodès importée par Richard, 1837 (source: « Archives INPI »)

Le modèle présenté est très proche d’une cafetière à siphon… à ceci près qu’il est complètement fermé hermétiquement et est muni d’une soupape de sécurité sur le globe du haut. Cette modification, qui n’est pas forcément heureuse, semble venir de Madame Richard elle-même, car c’est ce qu’elle rapporte plus tard :
« Un de mes perfectionnements à la cafetière que j’importe en France (voir le modèle que j’ai déposé le 21 août dernier) consiste dans l’isolement total du liquide de l’air atmosphérique. »

Cette modification est rapidement abandonnée: quelques mois plus tard seulement, dans sa demande de perfectionnement, elle revient vers un principe d’infusion sans ébullition plus « classique ». Le tube est allongé jusqu’au sommet de la boule de cristal et le bouchon est muni d’un autre tube qui comprend un robinet, afin de contrôler la descente de l’infusion (c’est aussi le principe adopté par la prolifique madame Rosa MARTRES, née GALY-CAZALAT; issue d’une famille d’inventeurs, elle a produit sept brevets sur cette cafetière).

Madame Richard ajoute aussi à cette demande un autre type de cafetière de son invention et un modèle d’un certain Van s. Loeff de Berlin (qui est peut-être l’exportateur de l’Atmodès, mais ce n’est pas dit clairement). Cette dernière est une cafetière à recirculation (et non à siphon) d’une forme particulière. Celle de son cru fonctionne sur le principe de la cafetière de Laurens, dans une forme un peu plus compacte (l’infusion étant récupérée sur le pourtour).

Cafetière Van s. Loeff Nouvelle cafetière Richard
Cafetière de Van s. Loeff, importée, et Nouvelle cafetière de Richard, 1837 (source: « Archives INPI »)

Mais revenons à nos siphons…

Tontons Fligueurs Siphon 1 ³

Ce type de cafetière a certainement eu un grand succès à cette époque, car les inventeurs se succèdent et rivalisent d’ardeur pour lui associer leurs noms. Robinet au milieu, en bas, système d’auto-extinction de la lampe, en métal, en cristal, avec une couronne sur la tête… les brevets sont très nombreux : plus d’une trentaine, soit les deux tiers des brevets de cafetières jusqu’en 1844.

À travers ces brevets, on peut signaler :

>1839<

James VARDY et l’ingénieur Moritz PLATOW et leur brevet de 1839, qui n’a d’autre mérite que d’être le premier déposé en Angleterre pour ce type de cafetière et de n’avoir, sur ce coup, que 4 ans de retard (ça a son importance pour les Anglo-saxons, grands laissés pour compte de cette histoire de cafetière…).

Cafetière de Vardy et Platow
Cafetière de Vardy et Platow, 1839 (source: Polytechnisches Journal)

>1841<

En 1841, madame Marie-Fanny-Ameline VASSIEUX, née MASSOT de Lyon (au 37, rue de l’Arbre-Sec), obtient un brevet pour des « perfectionnements apportés à la cafetière en cristal dite café-facteur ». Elle lui donne un bras qui maintient maintenant deux globes par le milieu et pose sa marque en la coiffant d’une couronne.

Cafetière café-facteur de Vassieux
Cafetière café-facteur de Vassieux, 1841 (source: « Archives INPI »)

Signature Vassieux ²

Le terme café-facteur était certainement un clin d’œil au populaire caléfacteur (ancêtre de la cocotte-minute) de Pierre-Alexandre Lemare (qui avait aussi inventé une cafetière dans les années 1820). Madame Vassieux l’avait baptisée cafetière Lyonnaise et y allait de nombreuses publicités dans les journaux, envoyant même un membre de sa famille en faire la promotion en Hollande, au risque de le voir condamné pour insoumission par un conseil de guerre…

Publicité Vassieux 1  Publicité Vassieux 2
Echo de la fabrique, 1842. La Presse, 1842.

Tribunal militaire VassieuxLa Presse, 10 décembre 1845

Faut dire que la concurrence était rude, tout s’est déjà joué à quelques mois près pour cette forme à deux ballons avec Louis-Octave MALEPEYRE (fabricant de cafetières à Paris au 14, rue Saint-Claude): son brevet intitulé « perfectionnements apportés à la cafetière dite hydropneumatique » a été déposé avant, mais obtenu après.

Cafetière Malepeyre Signature Malepeyre ²
Cafetière Malepeyre, 1841 (source: « Archives INPI »)

En 1842 arrivaient aussi les publicités pour la « cafetière de Smith » (dont la lecture est un pur délice), brevet déposé en France par François-Auguste GOSSE, premier à avoir utilisé l’appellation « Cafetière à Siphon » (titre du brevet de 1842). Elle serait de John-Willam (sic) Smith, mais Gosse dans son brevet dit aussi en être l’inventeur. Un autre article de presse de juillet 1842 parle d’importation (par la maison Gosse et Pochet-Deroche), mais je n’ai pas trouvé trace de ce Smith dans les brevets anglais (qui, s’il existe, pourrait être antérieur à ceux de Vassieux et Malpeyre, et ferait sauter de joie les Anglais)…

Publicité Cafetière Smith/Gosse
La Presse, Septembre 1842 (Cafetière Smith/Gosse)

Signature Gosse ²

>1842<

Pour finir, en 1842, Jean-Baptiste-Auguste FORTANT (ferblantier lampiste au 21, rue du Petit-Thouars, à Paris) propose un système ingénieux d’auto-extinction de la lampe à l’aide d’un flotteur placé dans le globe supérieur.

Cafetière Fortant
Cafetière hydropneumatique de Fortant (source: « Archives INPI »)

Signature Fortant ²

Et maintenant, qui est donc cet inventeur à l’origine de la cafetière à siphon ?

Tontons Flingueurs Siphon 2 ³

Toujours en 1842 (le 7 avril), M. Herpin fait un rapport au nom du comité des arts économiques de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, sur une cafetière « atmo-pneumatique » que leur a apporté M. Soleil, opticien au 35, rue de l’Odéon (Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, N° CCCCXLII, p.124). Suivent une description de ladite cafetière et la planche correspondante (N° CCCCXLVIII, Oct. 1841, p. 414 et p. 842).

Cafetière Soleil 1  Cafetière Soleil 2
Cafetière de Soleil, 1836/1842 (source: Polytechnisches Journal)

C’est là qu’on arrive au nœud de l’histoire.

On apprend dans ce rapport qu’ils ont pris leur temps au comité… pour « soumettre la cafetière à une épreuve décisive et suffisamment prolongée », ainsi va la science.

La cafetière, simplement modifiée légèrement par M. Soleil, leur a été confiée vers 1836, le but de Soleil étant de populariser l’invention d’un physicien distingué appelé « Noremberg », professeur à Darmstadt (deuxième indice).

Le M. Soleil en question n’est autre que Jean-Baptiste François Soleil (1798-1878), ingénieur-opticien français tout à fait fascinant, dont l’abbé François Moigno fait l’éloge dans la préface de son ouvrage de 1869 intitulé «Saccharimétrie optique, chimique et mélassimétrique». Autodidacte, Soleil a acquis une telle connaissance en optique qu’il était connu des grands physiciens pionniers de l’optique moderne à l’époque (Babinet, Fresnel, Arago, Silbermann). Tous, doivent une part de leur renommée à ses talents de concepteur d’appareils optiques.

Très tôt, s’est trouvé sur son chemin Johann Gottlieb Christian NÖRRENBERG (1787-1862), physicien allemand, autodidacte lui aussi, venu parfaire sa formation à Paris de 1829 à 1832. Personnage effacé et brillant, il y vivait modestement: il est raconté dans sa biographie qu’à l’époque il pouvait vivre des mois en se limitant à du café, du lait, du sucre et du pain. Il réservait son argent pour de rares sorties à l’opéra, des pâtisseries… mais surtout pour des pièces d’optique. Il rencontre Soleil avec qui il se lie d’amitié et à qui il enseigne son savoir en physique… autour de quelques cafés, j’imagine.

Portrait NÖRRENBERGJohann Gottlieb Christian NÖRRENBERG (1787-1862)

Avant de venir à Paris, il était un apprécié professeur de mathématique, de physique et de chimie à l’école militaire de Darmstadt (« Die Hof-und Universitätsmechaniker in Württemberg im frühen 19. Jahrhundert », Andor Trierenberg, 2013, p.465). C’est dans le cadre de ses cours qu’il a mis au point la cafetière à siphon, tel que cela est raconté dans son article de 1827 intitulé « Beschreibung einer Kaffehmaschine » (Zeitschrift f. Physik u. Mathematik, Bd. 3, S. 269-271, 1927).

Cafetière NÖRRENBERGLa cafetière et son fonctionnement sont décrits en détail dans l’article scientifique, où il est aussi mentionné que sa conception et son utilisation sont tellement simples qu’elle a rapidement été adoptée par nombre de ses amis et de ses élèves. Il n’a tout simplement jamais eu en tête de breveter sa cafetière, préférant en expliquer le principe et partager son invention.

À noter aussi qu’à la fin de l’article, la montée et la descente du liquide dans le tube ascensionnel est comparée à la circulation sanguine d’un poisson observée au microscope (ce qui en fait sans aucun doute le premier ‘coffee geek’ de l’histoire).

L’ironie du sort, c’est que l’appareil de Soleil est mentionné dans le Polytechnisches Journal (« Soleil’s atmopneumatische Kaffee-maschine », Volume 84, Nr. L., p. 268–269 de 1842), journal féru des innovations reliées aux machines à café, mais sans aucune mention de Nörrenberg. Il est aussi étonnant que le journal soit passé à côté de son article scientifique lors de sa publication…

Rentré en Allemagne, Nörrenberg deviendra professeur à l’Université de Tübingen et restera en contact étroit avec Soleil. Il a laissé son nom dans l’histoire des sciences pour avoir mis au point un instrument appelé le «polariscope» et pour être l’auteur du premier daguerréotype (ancêtre direct de la photographie) d’Allemagne, pris seulement deux semaines après le dépôt de l’invention en France (1839). C’est certainement son fidèle ami Soleil qui lui avait fourni l’appareil, lui qui a publié un livre sur le sujet dès 1840 (« Guide de l’amateur de photographie, ou Exposé de la marche à suivre dans l’emploi du daguerréotype et des papiers photographiques »).

Maintenant, pour ce qui est de Boulanger, il n’est pas impossible que sa recherche thématique autour du « Palais pour l’exposition d’objets d’art et des produits de l’industrie » (son projet d’architecture) l’ait mené au dépôt des Arts et Métiers où a séjourné un certain temps la cafetière inventée par Nörrenberg (vous voyez où je veux en venir). Ce qui pourrait transformer son éclair de génie en coup de Soleil…

Cafetière de Nörrenberg, 1827 (source: Zeitschrift f. Physik u. Mathematik)

À suivre…

___________________________________

¹ «Coffee floats, tea sinks : through history and technology to a complete understanding», de Ian Bersten, 1993
  «Coffee makers : 300 years of art & design», de Edward et Joan Bramah, 1989.

² Source: « Archives INPI », avec leur aimable autorisation.

³ «Les tontons flingueurs»,  Georges Lautner / Marcel Audiard, 1963.

 
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Publié par le 25 novembre 2013 dans Histoires et Histoire

 

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Ascenseur pour l’expresso (Episode 3)

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On s’est attardé jusqu’ici aux deux premières cafetières « filtrantes »… qui marquent le début d’une longue histoire. Le rythme va maintenant s’accélérer quelque peu, car on rentre dans une période extrêmement prolifique dans l’invention des cafetières, et la majorité de l’action se passe en France.

Sous l’impulsion d’institutions comme l’Académie des Sciences¹, les Arts et Métiers et la naissance des Brevets d’invention, mais aussi grâce à l’influence de certains gourmets (comme Grimod de la Reynière et son « Almanach des Gourmands ») ou d’hommes d’influence, figures marquantes de ce début de siècle à la recherche de la meilleure et/ou de la plus économique technique d’extraction… la technologie va rapidement évoluer.

Entre 1806 et 1855 (soit entre Hadrot, avec sa Dubelloy revisitée, et Loysel, avec son monstre percolateur présenté à l’exposition universelle), pas moins de 178 Brevets ou demande de perfectionnement de cafetières ont été délivrés en France. Je vais vous épargner le passage en revue de chacune de ces inventions (enfin surtout sur la fin), et tenter de mettre en relief quelques évolutions marquantes ou loufoques de cette épopée, « de [a-] à [-zel] » (de Hadrot à Loysel).


De [a-] à [-zel], première partie
(1806-1824):
la cafetière « italienne »… vraiment ?

Tout le monde sait que c’est un français (Denis Papin) qui a inventé la machine à vapeur dès 1690 et que l’idée a été récupérée plus tard par un anglais qui se l’est appropriée… il en va à peu près de même pour l’utilisation de la vapeur dans la préparation du café.

>1806<

Le siècle commence doucement avec Hadrot suivit de Sené, tous deux ferblantiers à Paris, qui présentent en 1806 et 1815,² deux modèles de cafetières qui ne sont autres que deux Dubelloy revisitées.

Cafetière de Hadrot
Cafetière de Hadrot (source: « Archives INPI »)

– La première, la « cafetière filtrante sans ébullition et à bain d’air » de HADROT (Ferblantier au 43, rue Saint-Sauveur) apporte une légère amélioration à la Dubelloy au sens où les matériaux choisis sont plus résistant à la corrosion que le fer blanc alors utilisé (en le remplaçant par de l’étain durci, dit « étain de Bismute ») et que la cafetière comporte une double paroi (le fameux « bain d’air ») pour une meilleure conservation de la chaleur.

Hadrot ³

>1815<

– La « cafetière propre à faire du café sans ébullition, dite cafetière-Sené » de Jean-Baptiste-Louis-Marie SENÉ (Ferblantier au 31 et 32, passage du Saumon… tiens) est une sorte de Dubelloy en kit, constituée de 5 morceaux et trois parties (la bouilloire, le filtre et la cafetière tête à l’envers) maintenues ensemble par des fermetures à baïonnettes et des attaches de cuivre, afin (si j’ai bien compris, car ce n’est pas clairement explicité) de retourner l’ensemble lorsque l’eau est chaude et récupérer ainsi le café filtré dans la cafetière.

Sené ³

>1819<

C’est le même principe qui est proposé et amélioré quelques années plus tard (en 1819 et 1820) par Jean-Louis MORIZE (Ferblantier Lampiste au 10, rue Boucher à Paris).

Cafetière Morize
Cafetière Morize (source: Polytechnisches Journal)

Morize ³

Ce type de cafetière, de par sa simplicité, semble avoir eu un certain succès, car on en retrouve de conception similaire jusqu’au XXe siècle, comme ici sur un tableau d’Henri Matisse de la fin du XIXe :

« Fruits et Cafetière » d'Henri Matisse
« Fruits et Cafetière » d’Henri Matisse, vers 1898

C’est aussi le principe de la cafetière dite « Napolitaine », qui est encore en usage de nos jours.

>1819<

Cafetière Laurens
Cafetière Laurens (source: « Description des machines et procédés spécifiés dans les brevets d’invention », 1820)

Les choses deviennent plus intéressantes avec l’invention proposée par Joseph-Henry-Marie LAURENS (Ferblantier au 31, passage du Saumon… décidément) et son « procédé de fabrication d’une cafetière à filtrer sans évaporation » daté de 1819. C’est en effet le premier à utiliser la pression de la vapeur pour faire monter l’eau bouillante dans la partie supérieure à l’aide d’un tuyau. L’appareil proposé est assez sophistiqué, mais fonctionne toujours en filtration douce : l’eau montante est déversée chaude sur le café contenu entre deux grilles. Le café passé se retrouve dans un deuxième réservoir et la fin du passage de l’eau de la partie basse à la partie haute est signalée par un sifflet.

Laurens ³

La transition vers le principe de la cafetière dite « italienne » (de type Bialetti ou Bacchi) où la pression force le passage de l’eau à travers la mouture se fait graduellement :

>1820<

En 1820, Jean-Ambroise GAUDET (fabricant ferblantier au 19, rue de la Croix, Paris) propose un « procédé de fabrication d’une cafetière à double filtre, propre à faire le café avec ébullition, sans évaporation » qui est une sorte d’hybride entre la Dubelloy et la cafetière italienne, dite « Cafetière à Cilindre » (sic) :
un tube en forme d’entonnoir dirige bien la montée d’eau à travers la mouture, mais il y a retour du café dans le réservoir inférieur et possibilité de plusieurs passages, ce qui est présenté comme un avantage (et en fait la première « cafetière à recirculation »). Le café est contenu dans une boîte avec des grilles, et une toile est utilisée pour éviter le passage du marc dans le café.

Cafetière Gaudet
Cafetière Gaudet (source: « Nouveau manuel complet du ferblantier et du lampiste », 1849)

Gaudet ³

>1824<

Cafetière de Caseneuve
Cafetière de Caseneuve (source: « Archives INPI »)

Cette conception est similaire à celle proposée par André CASENEUVE (Ferblantier au 6, place de Vannes, marché neuf Saint-Martin, Paris) en 1824, sauf que dans son cas le café est récupéré dans un deuxième contenant sur le pourtour de la bouilloire qui est munie d’un système de fermeture hermétique et peut être servi par un robinet (« cafetière dite économique, conservant sans évaporation le principe aromatique du café »).

Caseneuve ³

>1822<

Les ferblantiers et lampistes ont tenu le haut du pavé jusqu’à présent, n’est-ce pas un peu louche ? Que faisaient donc les ingénieurs de l’époque ?

Pour trouver le véritable inventeur du principe de la cafetière italienne, il faut partir en Angleterre où Louis Bernard RABAUT (de Skinner Street, Snowhill, Londres) a déposé un brevet en 1822 intitulé « Improved Apparatus for the preparation of Coffee or Tea ».

Cafetière de Rabaut
Cafetière de Rabaut (source: The Repertory of Arts, Manufactures and Agriculture, 1822)

Ce qu’on a ici est la toute première cafetière de type « Biacchi » où l’eau passe sur la mouture par la pression de la bouilloire et coule par un tube vers l’extérieur.

L’honneur est sauf puisque Rabaut est un français expatrié… Mais puisqu’on est à la recherche de l’inventeur de l’application de la vapeur au passage de l’eau sur de la poudre de café, on ne peut que s’incliner devant un allemand… et pour cela faire un nouveau saut en arrière.

Le personnage de l’ombre

>1818<

Elard RÖMERSHAUSEN est un théologien, philosophe, prédicateur et inventeur allemand du début du XIXe, ayant à son actif plusieurs réalisations tournant autour de l’utilisation de la vapeur.

Il décrit dans son ouvrage « Dr. Romershausen’s Luftpresse eine in den Königlich-Preußischen Staaten patentirte Maschine zum Extrahiren, Filtriren und Destilliren », publié en 1818, la toute première machine à café se servant de la poussée de la vapeur pour faire passer de l’eau bouillante sur de la mouture. Son invention est rapportée dans deux articles de 1821 du Polytechnisches Journal (Volume 4, No. LI, p. 420–425 et Volume 5, No. LXIV, p. 385–415) et ressemble étrangement à l’invention déposée l’année suivante en Grande-Bretagne. Selon toute vraisemblance, Rabaut avait lut cet article avant de déposer son invention:

Presse à vapeur de Römershausen
Presse à vapeur de Römershausen (source: Polytechnisches Journal)

Dans le deuxième article de 1821 (plus général), est aussi présenté un modèle plus sécuritaire (car il évite aux bouilloires sans surveillance d’exploser) qui inclut un piston actionné par une manivelle. Je n’ai pas réussi à comprendre si cette modification était aussi une idée de Römershausen ou celle d’un autre (le Professeur Marechaux, auteur de l’article ?) mais à bien y regarder, c’est une machine à levier avant l’heure avec traversée de la mouture de bas en haut:

Presse à vapeur de Römershausen
Presse à vapeur de Römershausen (source: Polytechnisches Journal)

Sont aussi proposés des modèles plus compacts, propres à la préparation ménagère du café (les deux de droite utilisant une presse à vapeur, les deux de gauche une presse ou pompe à air):

Presse compactes à air et à vapeur de Römershausen
Presse compactes à air et à vapeur de Römershausen (source: Polytechnisches Journal)

Tel que cela est rapporté dans un autre article plus tardif du Polytechnisches Journal, « Die Benutzung des Luft- und Dampfdrucks zur Extraction organischer Substanzen » (Volume 105, No. XLIX., p. 176–183 de 1847), une autre de ses inventions comporte aussi ce qui ressemble à un porte-filtre rudimentaire (… mais fixe) et se rapproche en ce sens de la machine à expresso.

Presse à vapeur domestique de Römershausen
Presse à vapeur de Römershausen (source: Polytechnisches Journal)

Dans cette invention, le café est placé dans un récipient circulaire entre une grille et une sorte de papier filtrant, situé à la sortie de l’appareil (et non entre deux réservoirs comme dans les autres cafetières). L’eau était mise à bouillir avec cette sortie orientée vers le haut, mais dès que la vapeur commençait à être produite, l’appareil était retourné pour que cette vapeur force le passage de l’eau au travers de la mouture.

Il est sûr que, par rapport à l’expresso, l’eau qui passait était plus chaude et la pression d’extraction n’était que faiblement supérieure à 1 ou 2 bars… mais c’est quand même rudement avant-gardiste pour l’époque. Il faudra plus d’un demi-siècle pour retrouver un appareil se rapprochant d’aussi près de la machine à expresso.

Presse à air domestique Römershausen

Son autre invention (je veux parler de la « Luftpresse zu kalten wässerigen und geistigen Extracten », un extracteur de liqueur à usage domestique) était tout aussi avant-gardiste et on peut imaginer qu’utilisée avec de la mouture fine et une eau frémissante, elle a pu produire un élixir qui se rapprochait du ristretto. Cet extracteur fonctionne en faisant le vide dans un récipient à l’aide d’une pompe manuelle et utilise cette succion pour extraire des essences de substances végétales en solution. Les extraits passent à travers un filtre avant de tomber dans le récipient A. Dans le cas particulier du café, il était vanté comme pouvant produire un extrait de café pour le voyage, auquel il suffisait de rajouter de l’eau chaude pour faire un « vrai » café.

Presse à air de Römershausen
(source: Polytechnisches Journal)

À suivre…

___________________________________

¹ Entre 1806 et 1854, plusieurs savants se sont penchés sur le café et la meilleure façon de l’extraire:
> Alexis Cadet-de-Veaux, « Dissertation sur le Café », 1806
> Charles-Louis Cadet (neveu du précédent), « Mémoire sur le Café », 1806
> M. Parmentier, « Extrait d’un mémoire manuscrit de M. Payssé, sur le café », 1806
> M. Parmentier, « Second Extrait d’un mémoire manuscrit de M. Payssé, sur le café », 1806
> Armand Séguin, « Mémoire sur le Café », 1814
> M. Payen « Mémoire sur le Café », 1849
> A. Penilleau, « Étude sur le café au point de vue historique, physiologique, hygiénique et alimentaire », 1864

Il y aussi toute une littérature scientifique sur la chicorée, « café de substitution », mise en avant lors du blocus continental imposé par Napoléon.

² L’essor des techniques de préparation du café a lui aussi été influencé d’abord par la taxation des denrées coloniales à partir de 1806, puis par le blocus continental jusqu’en 1814 où les importations de café ont été carrément stoppées. Ce qui peut expliquer le vide dans les inventions entre 1806 et 1815, et leur accélération par la suite.

³ Source: « Archives INPI », avec leur aimable autorisation.

 
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Publié par le 18 novembre 2013 dans Histoires et Histoire

 

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